Entrevue film « Hold-Up »

Mis à jour : 24 nov. 2020

Parce que le contenu de cette interview pourrait vous intéresser, elle est ici restituée en entier : elle n’a en définitive pas été publiée par le média l’ayant sollicitée.


1. Comment avez-vous été contactée pour participer à ce documentaire ?

J’ai été contactée par la production à la suite d’un article que j’avais écrit sur mon site en date du 31 août 2020, et qui analysait les processus totalitaires à l’œuvre, article intitulé «le moment paranoïaque (le déferlement totalitaire) face à la dialectique du maître et de l’esclave». Cet article, qui était réellement ma première prise de parole engagée depuis que cette crise sanitaire avait commencé, était important à écrire pour moi, de façon à donner aux lecteurs une autre grille de lecture, qui me semble tout à fait nécessaire.


2. Quels étaient vos objectifs ?

J’ai accepté de participer dans mon domaine d’expertise, à savoir l’analyse des pathologies et des déviances du pouvoir, et l’explication des mécanismes de manipulation de masse.

Mon objectif est de proposer une grille de lecture psychopathologique et philosophique de la dérive totalitaire à l’œuvre. Cette dérive, nous sommes quelques rares à la mettre en lumière depuis des années et à savoir ce vers où nous allons et qui se manifeste aujourd’hui.

Lorsqu’un paradigme devient prédictif, c’est-à-dire qu’un modèle d’analyse permet d’anticiper la récurrence ou l’exécution de certains événements, il devient intéressant et surtout, présente une certaine justesse…


3. Comment s’est déroulé le tournage ?

Aviez-vous lu les questions avant ?

Qui vous interviewait ?

Avez-vous vu le film avant sa sortie ?

Comme je vis en Amérique du Sud, mon entretien avec Pierre Barnérias, le réalisateur, s’est déroulé par Skype. En raison de ma connexion désastreuse à ce moment-là, nous avons eu une piètre qualité de son et d’image. Je n’ai pas lu les questions auparavant, puisqu’il s’agissait d’un entretien libre d’un commun accord, mais j’avais défini le contour des sujets que je souhaitais aborder avec le réalisateur. J’ai pu voir le film avant sa sortie, il m’a été délivré 5 jours avant la sortie officielle pour pouvoir offrir mon retour. Ce film a fait l’objet de fuites dans sa version non définitive, ce qui est problématique dans le sens où des erreurs n’ont pas pu être corrigées, mais est aussi très intéressant par l’engouement qu’il a suscité, et le soutien qu’il a reçu.


4. Quel message avez-vous souhaité faire passer ?

J’ai voulu décrire mon domaine d’expertise, à savoir les processus totalitaires en cours et les manipulations à l’œuvre, c’est-à-dire donner aux citoyens une autre grille de lecture que celle qu’on leur propose 24h/24 via les médias mainstream, lesquels sont financés par l’État et des acteurs entravant leur indépendance.

Il n’y a plus de liberté d’expression en France, ou plutôt il existe une liberté de blesser et de transgresser quand il s’agit d’insulter le prophète des musulmans de France (que l’on nous présente aujourd’hui tous comme de dangereux terroristes alors que c’est très loin d’être le cas, et qu’ils sont davantage pris en otage par cette stigmatisation), dont on peut bien se demander l’apport au bien commun que cela représente, mais la véritable liberté d’expression qui consiste à confronter des analyses et des points de vue contradictoires et divergents est morte.

Je suis sensible à la détresse des gens, à la détresse des pauvres qui ont été gravement maltraités cette année, à la jeunesse que l’on méprise et musèle, à l’enfance que l’on transgresse de façon violente. Et mon message consiste aussi à souligner que ce pouvoir qui s’estime dans la toute-puissance, piétine tout ce que notre civilisation a de meilleur, et nuit sciemment aux citoyens tout en prétendant que c’est « pour notre bien ». Alice Miller, dans L’Enfant sous terreur, avait expliqué tous ces procédés de « pédagogie noire » que l’on retrouve aujourd’hui dans les médias du pouvoir.

Nous ne sommes plus en démocratie, car le peuple n’a plus voie au chapitre pour les décisions qui le concernent. Nous sommes entrés dans un totalitarisme qui traumatise le peuple et l’accule au silence. En ce sens, ce film est une façon de redonner la parole au peuple, y compris à des chauffeurs de taxi, c’est-à-dire à des personnes qui en démocratie ont le droit légitime de s’exprimer, mais aussi à des experts de leur domaine qui sont aujourd’hui muselés au profit de ceux qui se montrent dociles envers le pouvoir et ses idéologies.


5. Quel va être l’utilité de ce film selon vous ?

Ce film, précisément parce qu’il a été diffusé et a échappé à la réalisation et à la production avant sa parution, a pu contourner la censure et a démontré malgré lui, en moins d’une semaine, les impasses et la faillite du pouvoir politico-médiatique majoritaire, lequel s’est illustré par des manœuvres sordides de censure, de stigmatisation et de calomnies tant sur le film que sur les intervenants, plutôt que de discuter du contenu, à savoir la corruption présente dans les plus hautes instances internationales, qui entraîne nécessairement des décisions qui ne sont pas en faveur des peuples.

Par exemple sur la page Wikipédia consacrée à Hold-Up j’ai été présentée quelques heures avant signalement comme « repérée » d’avoir diffusé des fake news, mais bien évidemment aucune preuve n’était apportée, car il faudrait pouvoir discuter du contenu de ce que j’avance et de mes arguments, ce qui n’est plus autorisé depuis longtemps. Ce film agit donc comme un révélateur et un catalyseur.


6. Que diriez de la manière dont il a été réceptionné ?

Il a fait polémique, qu’en pensez-vous ?

Mon analyse est que le film a très bien été réceptionné par le peuple, qui l’a partagé en masse sur les réseaux sociaux, et très mal par les élites dirigeantes politiques, médiatiques et propagandistes du pouvoir, financières.

La polémique est intervenue sur le mode de la censure, de l’arbitraire, de la calomnie, des attaques ad personam très graves et des diffamations. Nous nous retrouvons en pleine chasse aux sorcières où le pouvoir inquisitorial adoube ceux qui s’y soumettent et vomit les autres. Il intimide en montrant comment il traite ceux qui osent offrir un discours contradictoire. Les bons et les mauvais points sont distribués, l’on essaie même de dissuader les gens de voir le film, ce qui indique encore une fois cette infantilisation chronique des citoyens. En gros, c’est « avale ta fiche de lecture rédigée par le pouvoir, tais-toi et surtout ne soit pas tenté de voir ce film voué aux gémonies ». Un parent maltraitant et harceleur n’agirait pas de façon différente. Nous avons donc une politique inquisitoriale menée par les médias propagandistes, qui nous disent quelle est la vérité que nous sommes priés de croire. C’est une guerre de l’information dans laquelle le rapport de force n’est pas égal, c’est David contre Goliath. Pour ma part, je soutiens la diversité des opinions, la nécessité du contradictoire, et la parole divergente, et je soutiens le peuple dans son désir de liberté, de vérité et de justice.

Qui doit nous dire ce que nous devons penser ?

Le pouvoir médiatique (encore une fois, qui le finance ?) s’improvise expert au mépris des experts. Chaque citoyen est capable d’avoir un jugement critique, et nous n’avons pas à en être dépossédés par un pouvoir médiatico-politique qui devient illégitime à partir du moment où il maltraite sa population et nous ordonne ce que nous devons penser ou non.

Donc aujourd’hui l’accusation de fake news ou de « complotiste », qu’est-ce que cela veut dire?

Qui détient « la vraie information » ? Que veut dire « complotiste » ?

Rien du tout, c’est un mot valise et pervers, comme je l’ai démontré dans ma longue interview avec Pierre Barnérias.

Qui est habilité à censurer sur Facebook ? A-t-il une légitimité pour le faire ?

Le peuple a-t-il demandé cela ou le subit-il ?

Je crois à Spinoza : « dans une libre République, il est permis à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense ». Alors, sommes-nous dans « une libre République » ?

La réception du film dévoile aussi une certaine panique déclenchée face à un désaccord politique d’une partie des citoyens, qui ne souhaitent pas subir de dogmes inquisitoriaux. Et cela, c’est intéressant.


7. Notre média est lu par un auditorat très jeune, que leur diriez vous à propos de ce documentaire ?

Ce film est une proposition, élaborée en 1,5-2 mois (en soi, un exploit et la manifestation d’un grand dévouement), d’un contradictoire, d’une voix tout à la fois populaire et expertale face à celle qui est assénée par le pouvoir depuis des mois. On reproche au film de ne pas faire intervenir de contradictoire, eh bien précisément ce film est un contradictoire à lui tout seul face à cette pensée monolithique que l’on nous impose à force de matraquage, en faisant taire toute voix divergente.

Je suis pour l’esprit critique de chacun, cela suppose d’avoir accès à des informations diverses, plurielles et variées. Et je leur dirai que, c’est précisément parce que cet essai dérange le pouvoir inquisitorial dominant, qu’il a lâché ses harpies et ses chiens de garde pour nous avertir que c’était interdit, qu’il est intéressant.

Nul n’a le droit de vous déposséder de votre capacité de vous informer et d’élaborer votre libre-arbitre, qui sont ces censeurs inquisitoriaux ? A quel titre s’improvisent-ils détenteurs de la vérité ?


8. Êtes-vous d’accord avec tout ce qui est dit dans le film ? Si non, précisez…

Mon opinion personnelle n’a pas à intervenir à ce stade, et elle n’a aucune importance en soi, car il s’agit surtout pour moi de soutenir le droit à poser les bonnes questions, à ouvrir la réflexion plurielle et à exiger un débat contradictoire, quasi inexistants quand on est dans la peur constante distillée par les médias propagandistes.

Je soutiens la parole citoyenne, la possibilité pour les citoyens de donner un avis sur la façon dont ils sont traités et de faire œuvre d’esprit critique, je soutiens la liberté, nos droits fondamentaux, et je soutiens le respect des experts dans leur domaine, encore faut-il qu’ils ne soient pas aux prises avec des conflits d’intérêt, et ceci, un véritable travail journalistique devrait le mettre en lumière.


9. Comment vous informez-vous sur la crise sanitaire actuelle ?

Mon rôle est de rester à la marge, pour pouvoir penser les choses, et je pense que derrière ce qui nous est présenté comme une crise sanitaire, il y a une crise politique majeure d’un système à l’agonie, qui se raccroche à de l’hypercontrôle, de la persécution des citoyens, de la toute-puissance et des procédés totalitaires. Toute contestation populaire est vue comme ennemie.

Toute voix divergente à la pensée dogmatique est insoutenable.


A la marge, cela veut dire que pour garder mon discernement et ne pas me laisser avaler par une quelconque propagande, je cultive particulièrement une vie simple, sans télévision (sans organe de propagande) au contact avec les gens du terrain, et je lis des textes de grands penseurs, de grands philosophes, car je nourris un regard à la marge pour pouvoir penser la norme et ses dérives.


Les gens qui vivent où je suis en Amérique du sud n’ont pas eu besoin d’une thèse de 500 pages validée par les médias propagandistes pour conclure que les décisions politiques de cette année ne leur voulaient pas du bien, puisqu’ils n’ont pas pu travailler durant 6 mois, sans revenus. Alors le discours leur disant que c’est « pour leur santé » et « pour leur bien », ils n’y croient pas une seconde. Et ils ont raison.


Je me méfie des écrans et de la propagande par les écrans, qui entraînent une dichotomie entre le réel que l’on vit, et la lecture que l’on nous impose. Les manipulateurs de masse connaissent beaucoup mieux que nous le fonctionnement de notre cerveau.


Je considère que notre richesse est dans la diversité, la pluralité des points de vue, le respect de la singularité de chacun.

La certitude délirante d’avoir la vérité est en soi pure folie.

Vérité pour qui d’ailleurs ? Des hommes politiques et des financiers du grand capital finançant les médias de masse ? Détenteurs et définisseurs de la vérité ? Laissez-moi rire.


Revenir les pieds sur terre est fondamental.

Lorsque l’on connaît un peu le fonctionnement de la nature, l’on sait que l’on n’éradique pas un virus, mais qu’il faut apprendre à cohabiter avec.

Des sportifs n’ont pas besoin d’une accréditation médiatique d’allure pseudo-scientifique leur assénant que le port du masque ne change rien pour constater qu’ils n’obtiennent pas les mêmes résultats en s’entraînant avec un masque ou sans masque. Revenons sur terre.

Sommes-nous d’accord pour subir toutes ces maltraitances actuelles, les faire subir aux personnes âgées et aux enfants, et désormais à de nombreux indépendants et petits entrepreneurs qui se retrouvent sans travail, avec une fragilisation économique redoutable, sans que cela ne soit jamais discuté et décidé par le peuple qui serait bien en capacité de choisir son destin (autrement que par des votes surfaits et orientés par «le choix du moins pire»), non ?

N’y avait-il vraiment aucun autre moyen de faire, moins maltraitant, par exemple en renforçant les moyens des hôpitaux publics comme ils le réclament depuis des années ?

Quel peuple a décrété qu’il serait désormais géré par des instances internationales prenant des décisions sur sa vie quotidienne et son intimité, dans des hautes sphères internationales sur lesquelles il n’a pas la main ?


Nous ne sommes pas des enfants ignorants.

Dans le peuple il existe des forces vives, des compétences, et des gens œuvrant avec dévouement et désintérêt pour le bien commun, ce dont je doute pour ceux que j’appelle « les passionnés du pouvoir ».


Je suis très choquée par exemple que les médecins aient été dessaisis de leur liberté souveraine de prescrire. Encore une fois, cela manifeste une intrusion de l’État dans des domaines et des prérogatives qui ne sont pas les siennes, et est la manifestation déréglée d’un délire de toute-puissance.


10. Qu’est-ce que cette crise sanitaire a à nous apprendre ?

Cette crise sanitaire qui dévoile une crise politique est le moment du discernement des impasses où nous en sommes. Voulons-nous être dessaisis de nos vies, de nos libertés, de nos droits fondamentaux au service d’une gouvernance mondiale que nombre de politiques et de financiers appellent de leurs vœux pour leurs plus grands privilèges, où des instances internationales sur lesquelles nous n’avons aucune prise démocratique font la pluie et le beau temps selon leurs intérêts propres ?


Notre civilisation est à l’agonie, pour s’être trop éloignée de fondamentaux de base.


C’est une attaque sans précédent contre les peuples, qui vont devoir redéfinir à un niveau local: quelle est leur action au service du vivant, quelles sont les valeurs de l’humanité, où se trouve la justice sociale, comment recrée-t-on de la solidarité avec son voisin, et comment repensons-nous l’union entre les êtres, à un moment où le pouvoir politico-médiatique ne cesse d’encourager les divisions ?


Notre seule issue à cela se trouve dans un retour à la terre, au respect du vivant, dans l’éloignement de ces processus harceleurs médiatiques qui surenchérissent d’interprétations délirantes, avec un rapport de force toujours de plus en plus inégal. Il va nous falloir beaucoup de courage pour retrouver le chemin de l’harmonie, pour désobéir à ce qui nous semble inique, injuste et totalitaire, et nous aligner de nouveau à ce qui nous humanise.


Je ne suis porte-parole de personne, j’invite chacun à reconquérir son pouvoir individuel pour exercer son esprit critique et retrouver la voie qui fait sens pour lui, à savoir l’appel de sa conscience.


Ariane Bilheran, normalienne (Ulm), psychologue clinicienne, docteur en psychopathologie, auteur entre autres ouvrages, de Psychopathologie de la paranoïa, de Se Sentir en sécurité, et de Psychopathologie de l’autorité.


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