Sur les relations entre un parent paranoïaque et ses enfants

 

Introduction

Spécialisée dans la psychopathologie du pouvoir, j’étudie la psychose paranoïaque depuis plus de vingt ans, non seulement au travers des études phénoménologiques et psychanalytiques que j’ai pu faire en hôpital psychiatrique (doctorat), mais encore par la suite, au travers de toute mon expérience clinique et psychopathologique, tant par mon activité de psychologue d’enfants et d’adultes, que d’enquêteur/auditeur dans de grandes entreprises, sur la question du harcèlement, qui est le « mode d’être au monde » du paranoïaque ou, comme je le dis souvent, son « chef-d’œuvre ».

Adolescente, je m’intéressais déjà aux déviances du pouvoir, et avant de me spécialiser davantage en psychopathologie, j’ai étudié la philosophie morale et politique jusqu’à un master passé en Sorbonne sur la question de la maladie de la civilisation chez Nietzsche. Ce double regard psychologique et philosophique me donne accès au passage de la pathologie singulière à la pathologie collective, qui est symptomatique de la contagion délirante dans la paranoïa, et explique à elle seule les basculements dans les totalitarismes, d’où l’intérêt de la cerner et de la comprendre radicalement, c’est-à-dire, à la racine.

Je suis normalienne (Ulm), psychologue clinicienne, docteure en psychopathologie, j’ai été chargée d’enseignements depuis 2004 dans diverses Universités en France, je suis experte sur la psychopathologie du harcèlement et de la paranoïa (procédés, fonctionnements, traumatismes, prises en charge etc.), sur laquelle je donne des conférences en divers endroits, j’écris, j’enseigne et forme les professionnels de la psychiatrie, de la psychopathologie et du droit en France, au Canada, et aujourd’hui en Amérique du Sud.

 

La psychose paranoïaque : en résumé

La psychose paranoïaque est de loin la plus dangereuse de toutes les psychoses pour la société, au regard tant de son caractère répandu que des risques de passage à l’acte.

Le délire paranoïaque s’orchestre en une série d’interprétations pseudo-argumentées, qui crée une illusion logique. C’est en cela que les psychiatres Sérieux et Capgras[1] ont intitulé cette forme de folie une « folie raisonnante », en indiquant que « le délire d’interprétation est un système d’erreurs ». Lorsqu’il est systématisé, le délire présente un thème essentiel auquel se greffent plusieurs élaborations délirantes, dans un développement apparemment cohérent et ordonné.

En réalité, il s’agit d’un faux raisonnement fondé sur des sophismes. Le délire se modifie alors très peu dans ses thèmes et ses certitudes.

La perception est orientée par une méfiance excessive, mais le raisonnement comme l’argumentation, et ainsi donc, le calcul et la stratégie, sont conservés.

La psychose paranoïaque fonctionne par projection, intuition, interprétation délirante et idées de persécution. Elle peut, mais ce n’est pas obligatoire, s’assortir de jalousie pathologique, de mythomanie, de mégalomanie, de mélancolie, d’idées de ruine etc.

Plusieurs profils existent au sein de la psychose paranoïaque, mais il faut retenir tout particulièrement le profil revendicatif. Il se distingue par son caractère procédurier, par sa propre présentation en tant que « sauveur » qui lui fait réclamer toujours plus de droits (notamment en justice), au mépris des droits des autres et de ses propres devoirs.

Il convient enfin, dans ce résumé, de distinguer perversion, paranoïa et psychopathie.

La perversion n’est pas une psychose, car il n’y a pas de délire, mais elle en est l’antichambre. La paranoïa maximise la perversion, avec persécution, rigidité, mégalomanie, histrionisme, idolâtrie du juridique… Elle est beaucoup plus dangereuse que la perversion, et il n’est pas rare de voir des pervers décompenser ensuite en paranoïa, à la faveur d’événements déstabilisants psychiquement.

La psychopathie n’est pas non plus une psychose car il n’existe pas d’éléments délirants ni d’affectivité (contrairement au paranoïaque qui se présente toujours en victime et paraît en souffrir), seulement des passages à l’acte violents et transgresseurs.

Impacts de la psychose paranoïaque sur l’entourage

A la faveur de certains éléments de vie (heureux ou malheureux), la personnalité présentant une structure paranoïaque peut décompenser de manière très violente, sur un mode projectif.

En clair, le paranoïaque inverse tout : alors qu’il persécute, il se dit victime, alors qu’il harcèle, il se dit harcelé, alors qu’il manipule, il se dit manipulé.

Il accuse l’autre d’être responsable de tous ses maux.

C’est toujours la faute de l’autre, l’autre est le persécuteur, et pour que le paranoïaque récupère un semblant de sérénité psychique, il lui faut harceler l’autre vécu comme persécuteur (y compris par des voies judiciaires) jusqu’à l’annihiler ou le tuer.

La caractéristique de la décompensation paranoïaque est bien dans le passage à l’acte : chantage au suicide, tentatives de suicide, ou de violences sur autrui, y compris par des voies détournées, harcèlement, transgressions, meurtre.

Il y a donc bien danger de coups/blessures, viols et/ou mort en présence d’une décompensation paranoïaque.

De plus, cette pathologie fonctionnant beaucoup sur un mode manipulateur et stratège, et changeant peu d’objets affectifs et de thèmes délirants (contrairement à la schizophrénie), la personne visée par le délire paranoïaque est réellement en danger, ainsi que tout ce à quoi elle tient (ses affaires, ses enfants, ses animaux etc.). Un paranoïaque qui décompense peut mettre le feu à la maison, tuer femmes et enfants, enlever les enfants, commettre toute sorte de passages à l’acte atteignant gravement l’intégrité d’autrui, et parfois la sienne.

Le parent paranoïaque, la justice et ses enfants

Un parent paranoïaque représente un réel danger pour ses enfants, danger qui est majoré dans les cas de séparation, d’une part car le conjoint ne peut plus faire « tampon » (tiers), d’autre part parce que la séparation en elle-même est facteur de décompensation, le paranoïaque ne pouvant tolérer que le conjoint se « décolle » de lui.

Dans les cas de séparation, les enfants sont pris en otage, sur un mode manipulateur, et du fait de la projection, c’est le parent paranoïaque qui accusera l’autre parent de « manipulation », « d’aliénation parentale », de « danger » pour l’enfant. La justice sera prise en otage, et commettra souvent l’erreur de croire à un « conflit parental » alors qu’il s’agit en réalité d’un harcèlement du parent paranoïaque envers l’autre parent, au travers des voies judiciaires.

J’ai pu maintes fois développer ce point (articles, enseignements, conférences), à savoir la différenciation entre harcèlement et conflit, et le fait que le « chef d’œuvre » de la paranoïa est le harcèlement (cf. bibliographie en annexe). Cette différenciation est fondamentale car elle exclut d’emblée toute approche de « résolution des conflits » telle que la médiation, et dans la méconnaissance malheureuse du plus grand nombre, y compris des professionnels. Pour le paranoïaque, « la Loi c’est lui », selon comment lui l’interprète, dans sa toute-puissance. Grand stratège, doté d’un puissant ressentiment, il se présentera en victime et ne cessera de porter plainte ou de réclamer davantage de droits auprès de celui/celle dont il s’estime persécuté, mais qu’en réalité, il persécute bel et bien.

La relation du parent paranoïaque à son enfant est extrêmement destructrice. Il faut comparer cela à un séjour d’adultes dans une secte, en rajoutant par ailleurs que l’enfant n’a pas les moyens psychiques de se défendre du délire, qui se majore dans la sphère privée, tandis que le paranoïaque peut à peu près faire illusion dans la sphère publique. L’enfant peut donc subir des propos délirants, voire même représenter pour le parent paranoïaque l’élément persécuteur. Des propos extrêmement agressifs et dévalorisants lui seront tenus.

Le parent paranoïaque n’est pas capable de répondre aux besoins éducatifs et psychiques de l’enfant.

Ses comportements éducatifs sont négligents, et maltraitants.

Les réponses émotionnelles, la gestion des besoins et les exigences sont totalement inadaptées à l’âge de l’enfant.

A titre d’exemples, nous voyons des parents paranoïaques revendiquer des résidences alternées pour des bébés, alors que cela est totalement inadapté par rapport à leur besoin de continuité maternelle à ce stade-là.

Le parent paranoïaque veut être « tout » pour son enfant, père et mère à la fois, un tout asexué, omnipotent, omniscient, et ne supporte aucun tiers.

N’ayant pas lui-même accédé à l’Œdipe ni à la pensée de la filiation comme fils de son père, le parent paranoïaque est comme un père non engendré, qui nie la représentation de la différence des sexes. Ainsi, il occupe tous les rôles, mère et père archaïques sont confondus dans une matrice folle dont l’enfant ne peut sortir.

L’enfant laissé seul avec un parent paranoïaque est donc en grand danger psychique d’entrée dans une « folie à deux », pour reprendre les termes des psychiatres Lasegue et Falret[2], et en danger physique de maltraitances (y compris sexuelles).

Le parent paranoïaque vit son enfant comme son propre prolongement corporel, comme une partie cellulaire de lui-même, une sorte d’excroissance, un polype, qui n’a pas d’identité propre, ni d’autonomie. Ainsi, tout ce qui peut permettre à l’enfant la moindre autonomisation sera vécu comme dangereux, par le parent paranoïaque, qui aura l’impression, ni plus ni moins, de perdre un membre. Ce faisant, il place son enfant dans une insécurité majeure, lui conférant tout à la fois le sentiment d’être l’ultime protecteur et le seul, l’irremplaçable, mais également, d’être tout-puissant, possédant un « droit de vie ou de mort » sur l’enfant.

C’est un climat incestuel[3] qui maintient l’enfant dans une place confusionnante : il lui est interdit d’accéder à une subjectivation, de grandir en tant qu’enfant, et tout à la place, le parent paranoïaque, autant qu’il occupe les places de mère et père confusionnés et tout puissants, auto-engendrés, se placera aussi, de par son immaturité émotionnelle, en enfant de son propre enfant, qui lui-même vivra tout à la fois les places de parent, de conjoint et d’enfant de son parent.

Avec le parent paranoïaque, l’enfant sera noyé dans des problématiques incestuelles, et donc, en permanence immergé dans des problématiques d’adultes, y compris (surtout) les plus sexuelles, les plus morbides et les plus mortifères, sans aucun respect pour les besoins de l’enfant. Par exemple, le parent paranoïaque trouvera prioritaire que ses enfants en bas âge aillent voir leur grand-père sur son lit de mort à l’hôpital en train d’agoniser, ou encore il exposera ses ébats sexuels avec ses amant(e)s, en mettant dans la culpabilité de la confidence l’enfant, ou encore, il exposera dans les moindres détails sa maladie à ses enfants etc.

Le parent impose à toute sa famille le contrôle, ses angoisses de persécution et ses phobies liées à l’enfermement. Les enfants du parent paranoïaque épongent donc de très grosses angoisses d’intrusion, et des phobies multiples autour de thèmes intrusifs : phobie des piqûres et des prises de sang, phobies d’empoisonnement avec sélection alimentaire et contrôle, etc. Les enfants du paranoïaque seront régulièrement confrontés à une sorte de trou noir psychique contre lequel il s’agira de lutter, ainsi qu’à une terreur de l’intrusion et du contrôle. Cette terreur est contagieuse, et c’est bien elle (qu’elle soit conscientisée ou déniée) qui sidère souvent les institutions, en faisant dévier les intervenants (travailleurs sociaux, policiers, juges etc.) de l’adéquation de leurs pratiques professionnelles.

En somme, le parent paranoïaque entraîne psychiquement dans son délire ses enfants, à qui il transmet également ses phobies, ses idées de persécution, ses idées suicidaires et son angoisse du monde. Au lieu de sécuriser son enfant, le parent paranoïaque ne cesse de lui transmettre des angoisses extrêmement archaïques, angoisses de mort, de maladie, d’anéantissement, d’abandon, de cataclysme, d’étouffement, de persécution, d’être lâché dans une chute sans aucun secours etc.

Souvent, pris dans ses interprétations délirantes de danger imaginaire, le paranoïaque ne s’apercevra pas des dangers réels qu’il fait courir à ses enfants, et pourra ainsi les exposer physiquement et, bien sûr, psychologiquement. Il peut, par exemple, laisser ses enfants de moins de cinq ans seuls sur la place du village sans surveillance, envoyer un enfant de six ans seul à la piscine, sa fille de douze ans faire quarante kilomètres en autostop pour rentrer de l’école. L’exposition physique peut concerner également les manquements à l’hygiène, aux besoins de l’enfant en termes de rythmes de sommeil, de nourriture, de chauffage etc.

Dès que l’enfant émet le moindre désaccord, il subit les foudres du parent, et le retournement de culpabilité, assorti de la dévalorisation : « tu es méchant », « comment oses-tu me dire cela, après tous les sacrifices que j’ai faits pour toi ? »

Les enfants subissent l’inadaptation du parent, mais aussi sa crainte de la contagion, de la maladie, la peur de manquer, son hypocondrie délirante… Le parent paranoïaque espionne et enferme, voilà ses maîtres mots dans son rapport à ses enfants.

Mais surtout il contrôle, et il contrôle, notamment, le corps de l’enfant : il prend sa douche ou son bain avec l’enfant, quel que soit l’âge (même jusqu’à 17-18 ans), ne ferme pas les portes pour aller aux toilettes, expose son enfant au niveau de la santé (y compris, jusqu’à surmédicaliser des symptômes qu’il peut même inventer, pour maltraiter par voie médicale – cf. syndrome de Münchhausen par procuration -), a un rapport extrêmement intrusif au corps de l’enfant.

Le totalitarisme paranoïaque s’invite à tous les étages du psychisme, dans les moindres recoins de l’intime. Surtout, le parent paranoïaque n’hésitera pas à invoquer de puissants principes et idéaux, qui seront évidemment tout le contraire de sa « pédagogie noire », pour reprendre le terme de la célèbre psychanalyste Alice Miller[4] : telle mère invoquera Dolto et les respects des besoins de l’enfant alors que les siens n’auront pas le moindre espace de respiration, tel père invoquera la charité et les valeurs chrétiennes tout en enfermant ses enfants à la cave dans le noir et le froid dès qu’ils font du bruit etc.

 

 

Le rapport du parent paranoïaque à l’enfant est un rapport de force, dans lequel il doit gagner. Ceci est à distinguer d’une limite éducative nécessaire posée aux pulsions de destruction que rencontre l’enfant dans son développement. Dans le rapport de force paranoïaque, l’adulte a des droits sur l’enfant (et non des devoirs, y compris celui de l’éduquer correctement), l’enfant est culpabilisé pour un rien, il est le support des colères parentales et n’a le droit à aucune autonomie, surtout pas affective. Le parent paranoïaque ne distingue pas les étapes de développement de l’enfant, et ne s’y ajuste pas. Il traitera un bébé comme un enfant de cinq ans, et ne verra pas qu’il existe une profonde différence dans la capacité à supporter la frustration, la colère, etc.

Dans tous les cas, le paranoïaque cherchera à conserver l’exclusivité sur sa famille, à conserver un contrôle absolu sur ses enfants et son couple, espionnant, épiant, prêchant le faux pour savoir le vrai, accusant à tort etc.

Dès que l’enfant du paranoïaque témoigne de velléité d’autonomisation et d’indépendance, notamment au début de l’âge adulte, le parent paranoïaque ne le supporte pas. S’il ne parvient plus à exercer sa toute-puissance, il peut même tenter de prolonger le contrôle en espionnant son propre fils, en faisant suivre sa fille, en somme, en mettant en œuvre un harcèlement à l’encontre de son propre enfant, quitte à payer un détective privé. Ce scenario se retrouvera ensuite dans le couple pathologique avec un paranoïaque, lequel n’hésite pas non plus à faire appel aux services de détectives privés, de logiciels espions etc. pour assouvir sa soif de contrôle sur le conjoint suspecté d’infidélités.

Si décidément le paranoïaque a, malgré tous ses efforts pour rétablir l’emprise, l’impression que son enfant lui échappe désormais totalement, alors il le bannira, et, fait très important, il niera la filiation réelle et symbolique en orchestrant la spoliation d’héritage.

Les enfants d’un parent paranoïaque sont en proie à des angoisses de type psychotique sans l’être : angoisse de morcellement, angoisse de mourir, etc. Il arrive qu’ils fassent des cauchemars mettant en scène le parent lui-même. Ces cauchemars peuvent intervenir dans l’enfance, sans que le parent ne soit lui-même directement et nécessairement représenté sauf sous la forme symbolique ou, plus tard, à l’âge adulte. Par exemple, l’enfant peut faire le même cauchemar récurrent de tenir, au-dessus de son berceau, la figure, non pas d’une bonne fée, mais de Gargamel, l’affreux méchant des Schtroumpfs. Ou encore, pour reprendre des cauchemars de patients adultes, enfants d’un parent paranoïaque, ceux-ci peuvent avoir trait tant à l’intrusion qu’à la mort. Par exemple, l’enfant du paranoïaque peut faire le cauchemar de rats qui parcourent tout son appartement, le jour après la visite de son père paranoïaque. Ou alors, une autre peut faire le cauchemar que sa mère paranoïaque l’entraîne dans des souterrains au fond desquels se trouve son propre cercueil, et que cette même mère la laisse là après avoir refermé une porte qui ne peut plus s’ouvrir. Une autre peut évoquer des cauchemars récurrents où son père l’entraîne dans des labyrinthes souterrains pour fuir une torture qu’il suppose leur devoir leur être infligée… Une autre encore rêvera de son père (instituteur et paranoïaque) en train d’abuser sexuellement de plusieurs enfants en se présentant comme un faux docteur… ou encore, que le père le découpe en morceaux etc.

Il est certain que la vie psychique des enfants de parent paranoïaque est marquée sous le sceau de la terreur. Pour certains enfants, ceux qui sont sous contrôle mental total, il est interdit de penser, d’imaginer, de rêver, et ces enfants deviennent des adultes parfaitement aliénés dans une folie à deux au parent malade. Pour que cette aliénation se fasse, il faut que l’enfant n’ait aucune possibilité de distanciation, que ce soit par un autre adulte (un tiers) qui lui permette de prendre conscience, mais aussi par des livres, un attachement aux animaux ou toute autre voie tierce qui lui permette de se décoller du parent paranoïaque.

Ces anciens enfants devenus adultes souffrent de phobies majeures, de symptômes post-traumatiques graves et de symptômes inflammatoires sur le plan somatique (eczémas, fièvres, migraines, cystites, urticaire etc.).

Le comportement du paranoïaque s’orchestre autour de l’escroquerie, du harcèlement et des menaces de mort, tout en manipulant l’extérieur, qui n’aurait « jamais cru que ce bon père de famille » soit capable de tels agissements. Les enfants sont pris en otage dans les cas de divorces/séparations, souffrant à la fois le délire paranoïaque contre lequel ils n’ont aucun moyen de résistance, la maltraitance psychique et/ou physique/sexuelle, la négligence, et l’abandon émotionnelle – sinon réel – du parent paranoïaque. Il n’est en effet par rare de voir dans les parcours de parent paranoïaque des abandons réels, le parent décidant de ne pas voir son enfant durant plusieurs années, puis resurgissant comme « sauveur » pour les délivrer du « méchant autre parent » qui s’occupe quant à lui quotidiennement de l’enfant. Cet abandon est souvent matérialisé sous la forme d’une mise en scène théâtrale et particulièrement traumatique pour l’enfant.

Dans un déni total de réalité et d’altérité, les parents paranoïaques exigent souvent la garde totale, et l’éviction de l’autre parent dans son rôle de parent.

Il faut souligner que selon la clinique, la majorité des paranoïaques sont des hommes. Il est donc plus fréquent que le parent paranoïaque soit un homme et déploie des moyens colossaux pour se présenter en père sauveur et parfait, exigeant la garde totale pour évincer la mère dans son rôle référent et protecteur pour l’enfant.

La composante justicière du délire est à prendre en compte (harcèlement et réclamations procédurières par des voies judiciaires).

Les parents paranoïaques sont également ceux qui enlèvent ou séquestrent leurs enfants, même sur de courtes périodes, sans que l’enfant ait les ressources de contacter un tiers.

Conclusion

En résumé, l’enfant est gravement en danger psychique et/ou physique en présence d’un parent paranoïaque.

Sur le plan psychique, l’enfant sera soumis au délire, perpétuellement terrorisé, confronté à des discours paradoxaux et au délire de persécution, culpabilisé ou mis en demeure de devoir rejeter l’autre parent.

Sur le plan physique, l’enfant sera exposé à de graves négligences, à des réponses inadéquates du point de vue de ses besoins affectifs, éducatifs et biologiques.

Au niveau du couple, dans des cas de séparation, l’ex-conjoint du paranoïaque est souvent soumis à un harcèlement constant et durable en raison de la « fixation d’objet » présente dans cette pathologie psychiatrique. Les enfants sont pris en otage, de même que la justice, qui joue un rôle tout particulier dans le délire paranoïaque, puisque le paranoïaque se dit « victime » d’un « complot », d’une « machination », et attend que « justice lui soit rendue ».

Stratège, calculateur et manipulateur, le profil paranoïaque parviendra souvent à manipuler les institutions, y compris judiciaires, au travers de ce que j’ai appelé « contagion délirante », et qui fonctionne selon des mécanismes psychiques collectifs bien particuliers (mêmes mécanismes que dans les sectes, le fanatisme religieux, le terrorisme, le nazisme, entre autres exemples).

Il faut souligner le danger psychique et physique pour l’enfant d’être exposé à la folie du parent, danger majoré par l’intensité, la chronicité, la durée mais également la relation « seul à seul » face au parent.

Le délire paranoïaque est très difficile à détecter, en raison de son apparente normalité et sa dimension « raisonnante », il n’en est pas moins très dangereux pour les enfants qui y sont exposés.

Le pronostic de guérison du paranoïaque est quasi nul, cette pathologie ne cessant d’augmenter avec le temps, la rigidité de la structure psychique, et le rejet de tout suivi psychiatrique par la personne (qui, selon son délire, se pense investie d’une mission, pense qu’elle seule a raison et que tous les autres la persécutent, y compris les psychiatres).

Pour développer davantage différents points, je renvoie à la bibliographie infra.

Le 29 décembre 2016.

Ariane BILHERAN, normalienne (Ulm), psychologue clinicienne, docteure en psychopathologie

Quelques références indicatives sur le sujet

Conférences

Paranoïa en protection de l’enfance (France, 08 octobre 2016)

Harcèlement et psychologie du pouvoir (Québec, 2012)

Le harcèlement dans la famille (Québec, 2010)

Qu’est-ce que le harcèlement ? (Québec, 2009)

Visibles sur la chaîne Youtube Ariane Bilheran

Interview

« Psychopathologie de la paranoïa » (par Eugénie Izard, Juillet 2016)

Visible sur la chaîne Youtube Ariane Bilheran

Livres

  •      Bilheran A. 2016. Psychopathologie de la paranoïa, Paris, Armand Colin.
  •      Bilheran A. 2016. « Repérage des personnalités perverses et paranoïaques », in Danger en protection de l’enfance, Paris, Dunod.
  •      Bilheran A. 2013. Manipulation. La repérer, s’en protéger, Paris, Armand Colin (« Coup de cœur » de la Fnac).
  •      Bilheran A. 2009. Harcèlement. Famille, Institution, Entreprise, Paris, Armand Colin, coll. Sociétales.
  •      Barthélémy S., Bilheran A. 2007. Le délire, Paris, Armand Colin (traduit en coréen).
  •      Bilheran A. 2006. Le harcèlement moral, Paris, Armand Colin (« Coup de cœur » de la Fnac 1ère rééd. 2007, 2ème rééd. 2010, 3ème rééd. 2013).

Articles

  •      Bilheran A. 2012. « Harcèlement et suicide au travail : psychopathologie », in Bilan du Grand Forum de la Prévention du Suicide, Association Québecoise de Prévention du Suicide.
  •      Bilheran A. 2011. « La soumission psychologique au travail. Comment un harceleur parvient à soumettre tout un groupe d’adultes pourtant bien constitués, et ce qui s’ensuit », in Revue Les Cahiers des Facteurs Psychosociaux, Catéis.
  •      Bilheran A. 2008. « Harcèlement, système et organisation », in Les Cahiers des Facteurs Psychosociaux, août 2008.

[1] Serieux, P., Capgras, J. (1909), Les folies raisonnantes, Paris, Alcan.

[2] Lasegue A., Falret J.P. (1877). « La folie à deux ou folie communiquée », Annales Médico-Psychologiques, Paris, 18 : 321-355.

[3] Pour reprendre les études du psychanalyste Racamier, à l’origine de ce concept.

[4] Miller, A. 1985. C’est pour ton bien. Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant, Paris, Flammarion, 2015.

One Comment

  • Laurence :
    J’ai lu votre article trois fois.
    Sur les relations entre un parent paranoïaque et ses enfants.
    C est à la fois très dur à lire et pourtant cela fait du bien de mettre des mots et de comprendre mon enfance.
    Je voulais vous remercier pour cet article car c’est la première fois de ma vie que quelqu’un me comprend.
    Tout est dit dans les moindre détails.
    C’est très impressionnant et criant de vérité. Violence, peur, confidences sexuels, domination etc.

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