Le cauchemar recommence…

Dernière mise à jour : 27 août 2021


Eh bien voilà.

Il y a un an, le 12 avril 2020, je lançais une alerte pour la région côtière de Colombie où je suis.

Marc Gray m’avait énormément aidée à relayer cette alerte, tandis qu’en France, et en Europe de façon plus générale, les gens vivaient les mesures sanitaires en étant pour beaucoup (pas tous) aidés par les gouvernements.

Nous avons été confinés de manière draconienne durant environ 6 mois, avec un jour de sortie hebdomadaire autorisé par semaine, selon son numéro de carte d’identité.

Les frontières étaient fermées, entravant toute source de revenu du tourisme, ce dont vit majoritairement la région où je suis.

L’économie étant très informelle, les confinements signifient tout simplement l’arrêt des revenus.

Les personnes vivent du revenu journalier. En clair, la vente de petits cafés et de fruits dans la rue, la pêche du poisson, etc.

C’est le revenu du jour qui alimente la famille le soir. Le travailleur revient et les enfants courent acheter à la petite "tienda" du coin de quoi manger le soir. La vie, c’est ça.

Pour la majorité des gens, pas d’assurance chômage, pas de sécurité sociale qui tienne la route, pas d’assurance invalidité/incapacité, pas de retraites non plus.

Par exemple, la semaine dernière, une personne retraitée que je connais s’est brûlé un œil, en se trompant de gouttes à mettre, et en mettant des gouttes destinées à brûler les mycoses sur la peau. Son œil est encore en cours de cicatrisation, mais cela implique qu’elle ne peut plus travailler donc doit compter sur l’aide familiale, et également, si elle perd la vue, elle n’aura aucune rente d’invalidité de nulle part. Voilà la réalité du quotidien de ces populations.

Les confinements en effet suppriment donc directement l’aliment.

L’année dernière, j’avais appelé plusieurs ONG, qui ne sont jamais venues.

Nous avons vécu des situations apocalyptiques, des femmes venant d’accoucher n’ayant pas de lait pour leurs enfants, une femme nécessitant une césarienne et pouvant pas accoucher à l’hôpital (payant), des familles sans rien à manger etc. Et face au silence des ONG, avec quelques voisins et amis, en travaillant avec une fondation de quartier, nous avons tenté d’endiguer ce que nous pouvions, en récoltant des fonds, en achetant des marchés familiaux d’aliments de base de la base, pour la survie, en assumant aussi la détresse animale qui n’a pas manqué de surgir.


Chienne abandonnée avec ses petits, recueillis la semaine dernière.


De fait, les gens quand ils n’ont plus de quoi se nourrir, abandonnent leurs animaux dans la rue, avec des restaurants et des hôtels fermés ou qui ne fonctionnent plus comme avant, ce qui empêche donc l’accès à des résidus possibles pour l’alimentation.

Et ces animaux de rue, l’année dernière nous en avons eu jusqu’à 300 à alimenter TOUS LES JOURS, sans compter les soins vétérinaires, des animaux gravement malades, en particulier en raison des parasitoses fréquentes sous les tropiques.

Nous n'avons pas d'autre aide que la vôtre, sauf de la mairie pour les campagnes de stérilisation.

J’ai fini l’année sur les rotules, et ayant transformé mon lieu en refuge, avec 18 chiens et chats en décembre 2020 (aujourd'hui j'en ai 20 en refuge chez moi, dont mon mari et moi assumons entièrement les frais).

Les gens me les jetaient devant le portail, parfois je les découvrais au matin après la pluie nocturne.

Le problème de fond est la détresse économique engendrée par les décisions politiques depuis un an, au sujet des mesures sanitaires.

La dégringolade dans la pauvreté concerne la majorité de la population.

Je voudrais remercier du fond du cœur ceux qui nous ont aidés, d’une manière ou d’une autre.

Vous ne savez pas à quel point cela a sorti les gens et les animaux de la détresse.

Parfois, nous n’avons pas pu remercier comme nous l’aurions voulu, ce genre de situations de détresse généralisée entraîne un émoussement émotionnel, y compris chez moi-même.

On finit lessivés, et même un peu traumatisés.

Puis on a recommencé à souffler fin 2020 et début 2021, du côté humain, avec les réouvertures, même si le tourisme n’avait pas vraiment repris, et avec une diminution des animaux à alimenter et prendre en charge, nous avons organisé beaucoup de stérilisations (des centaines) des animaux de rue, aidé à la prise en charge, organisé des adoptions.

Je n’ai pas mis tous les reports sur le facebook prévu à cet effet, car je ne supporte plus cette plateforme, et les réseaux sociaux en général.

Et montrer tant de misères animales et humaines, parfois, c’est difficile aussi, je n’en ai pas le courage.

Alors, les confinements ont recommencé peu à peu, et de façon de plus en plus sévère, ici où je vis, dans un système qualifié d'accordéon par les Colombiens : on ouvre/on ferme, et parfois au dernier moment, avec application immédiate.


La semaine dernière, nous avons dû faire face à ce qui n’avait plus lieu depuis plusieurs semaines/mois : de nouveaux abandons d'animaux.


7 animaux en état d’extrême vulnérabilité (chatons et 1 chienne avec ses chiots à peine nés) abandonnés.

Et nous avons récupéré 60 chats (et 12 chiens attachés) chez une dame n'ayant plus toute sa tête, dont le lieu est devenu un refuge mais sans aliments, tous ces animaux doivent être examinés par le vétérinaire.

Je sais que si les décisions de fermeture continuent, nous allons de nouveau au-delà d’une catastrophe comme l’année dernière.

En fait, non.


C'est pire que l'année dernière car c'est la dégringolade et la pauvreté chronique qui s'installe depuis des mois, pour des millions de Colombiens qui ne font plus au maximum qu'un seul repas par jour, et encore si l'on peut qualifier de repas une crêpe de maïs et de l'eau avec de la canne à sucre. Les enfants sont sujets à la malnutrition, et depuis un an l'instruction est en chute libre, fermeture/ouverture, et que signifie une instruction virtuelle pour des populations qui n'ont pas internet ?


D’abord les animaux, puis les humains. Et n’est-elle pas aussi sanitaire cette catastrophe ?!!


La famine a augmenté d’une façon exponentielle ; la chute économique est violente.

Le peuple colombien s'est réuni aujourd'hui le 28 avril 2021, pour manifester en masse contre le gouvernement malgré les interdictions formelles et juridiques de manifester ; les transports sont bloqués.


Une manifestation d’une telle ampleur est bien évidemment réprouvée au nom des mesures sanitaires mais aussi interdite.

La maire de Bogota a indiqué que qui sortait manifester aujourd'hui serait considéré comme portant atteinte à la vie d'autrui.


Le slogan est que le gouvernement tue davantage que le covid.

Ou encore, qu'ils vont mourir de faim plutôt que du virus.

Ou enfin, qu'ils préfèrent mourir debout que vivre à genoux.


Le rapport de forces entre le peuple et le gouvernement ne fait que commencer.

Ce soir, il est prévu sur les grandes villes un confinement sévère jusqu'à lundi.


Le temps me manque, mais je diffuserai des témoignages de vie sur la page Facebook.



Les Colombiens manifestent (notamment) car le gouvernement souhaite augmenter les prix des denrées alimentaires et des impôts, dans un tel contexte de confinements, et parce que la situation s'est aggravée depuis l'année dernière de manière tragique.

Ils manifestent contre l'accaparement des richesses, et contre les multinationales, aussi.



J’aurais aimé ne plus avoir à demander cela, mais nous avons de nouveau besoin d’aide. Même 1 euro, 2 euros etc., c’est important pour nous.

Avec cet argent :


Nous préparons des marchés d’aliments de base à des familles n’ayant plus aucun revenu, en priorisant les familles où il y a des femmes enceintes, des enfants en bas âge, des handicapés et des anci

Nous alimentons les animaux de rue, coût mensuel de 700 à 1000 euros, sans compter ceux pris en refuge/adoption. La nourriture des animaux a augmenté. Nous les déparasitons, les soignons, les renforçons et les stérilisons. Les frais de vétérinaire sont aléatoires, selon le nombre d’animaux pris en charge, mais surtout, selon les fonds dont nous disposons.

Nous avons besoin de soigner ces animaux, il y a des opérations à faire, de calculs aux reins, de blessures etc. Et des traitements à acheter. Parfois, il existe des chiens agressifs de tant d’abandons et de maltraitances, par exemple j’ai récupéré un husky (qui a dû être amputé d’un doigt de pied suite à une blessure non soignée et donc infestée de vers) pour lequel c’était soit l’euthanasie soit tenter de l’intégrer à d’autres animaux, il a mordu environ 6 chiens depuis qu’il est là, dans des combats compliqués ; nous avons dû mobiliser un entraîneur qui s’est dévoué bénévolement pour nous aider, mais est en même temps un médecin travaillant aux urgences surchargé par la situation actuelle !


Lorsque je dis « nous », nous sommes quelques-uns (aujourd'hui 5 personnes sur place), tous bénévoles.

La page facebook :

https://www.facebook.com/lasraicesdelaspiedras/

Pour nous aider :

Le nouveau crowsounding mis en place a été annulé en raison du fait que c'est la Colombie ! Nous repartons sur l'ancien de l'année dernière.


Vous pouvez pour l'instant nous contacter pour la procédure de western union ou virement à fularalap@gmail.com

Des reçus peuvent être émis par la fondation, pour ceux qui le souhaitent, merci de nous le préciser dans le mail.



Retrouvez-moi sur Reinfocovid vendredi 30 avril à 18h, pour exposer la situation sur le terrain.



Merci, de tout cœur.


Ariane



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