top of page

La paranoïa et la terreur : comment y résister ?

Préambule

Tout d'abord, j'adresse toutes mes condoléances aux familles des victimes de Nice, à leurs amis, à leurs proches, et ces condoléances s'adressent aussi à toutes les victimes de tous les attentats perpétrés ces derniers temps, qu'ils se produisent à Bagdad, à Tunis, à Paris, à Bruxelles, à Damas etc.

Je formule le souhait que nous puissions accompagner les âmes des défunts par nos cœurs compatissants et nos prières, pour qu'elles puissent trouver la paix et s'élever dans la lumière.

J’ai une pensée toute particulière pour les enfants, ces enfants du monde qui sont confrontés sans armes, dans leur innocence, à la violence du monde, à la brutalité, à la barbarie.

Tous ces enfants blessés, abusés, manipulés, violentés, violés, massacrés.

J’ai désiré écrire cette newsletter exceptionnelle pour répondre à plusieurs interrogations que je reçois.

Avant cela, je renvoie au magazine Nexus de juillet-août 2016 , où j’ai donné une interview de 4 pages sur l’état de la France aujourd’hui, et cette interview me semble primordiale à lire pour tenter de comprendre ce qui se passe sous l'angle d’une maladie de civilisation.


Le traumatisme

Chaque personne qui s’identifie aux êtres qui auraient pu se trouver, ce soir-là, à Nice, est aujourd’hui traumatisée.

Pas seulement ceux qui ont perdu un proche, ont été blessés, ou se sont retrouvés plongés dans cette panique.


Le traumatisme procède par identification.

Selon son niveau de conscience et d'ouverture, l’on s'identifiera à son village, à sa région, à son pays, à ses origines, au genre humain. Ceci explique que l'on soit souvent plus sensible aux événements qui se déroulent près de chez soi qu'à ceux qui paraissent plus lointains.

Les humanistes dont je fais partie s’identifient à tous les êtres souffrants sur cette terre, sans distinction de race, de couleur, de pays, de religion.

Or, je suis aussi française.

De plus, je suis corse par ma mère, et le 14 juillet est un jour spécial pour les corses, dédié à ce grand homme que fut Pasquale Paoli, né dans le village d’origine de mes ancêtres.

Alors ce 14 juillet, j’ai été triplement atteinte dans mes identités, humaine, française et corse, et je dois dire qu’enfin, j’aime particulièrement cette Promenade des Anglais, Nice fait partie d'un fort souvenir d'enfance.

Ce fut le premier voyage en avion dont je me souvins, j'étais partie y rejoindre ma mère qui venait de subir une opération et y était en clinique de convalescence. J'y avais mangé une glace au melon, je n'avais pas trouvé cela bon ! Et j'avais regardé les cerfs-volants sur la plage.

Alors, je ne parle pas à chaque événement, mais là je ressens une responsabilité forte à le faire, car la France est en train de basculer dans une psychose collective qui se nomme paranoïa, et il faut bien des êtres qui cherchent, qui étudient, qui transmettent et qui relaient pour que ceux qui ont la capacité psychique de résister à cette contagion délirante aient les outils pour le faire.


Et bien sûr, il existe des degrés de chocs traumatiques.

Ces degrés dépendent aussi de la réaction de l’entourage autour de vous lorsque vous réceptionnez le choc traumatique.


Manifestement, toute la France était en grande panique, y compris sur les réseaux sociaux, ce qui a majoré le choc, tout en permettant, de manière ambiguë, un partage.

De plus, si vous regardez en boucle les images traumatiques à la télévision, si vous visualisez des images de blessés, de mort, des vidéos d’attentats, vous augmentez votre choc traumatique.


Tout ceci est complexe mais en gros de quoi s’agit-il ?

D’un éprouvé de terreur, face à la menace de perte d’intégrité (la sienne ou celle d’une personne à laquelle l’on s’identifie au moins partiellement).

Dans cet éprouvé de terreur, le psychisme vole en éclats, en mille morceaux, le temps de la sidération, c’est-à-dire du choc.

La personne vit une implosion intérieure : perte de la capacité de pensée, anesthésie émotionnelle, court-circuit des fonctions vitales. Vous êtes « scotchés ».

Une fois le moment passé, vous vivez ce que l’on appelle un PTSD, un syndrome de stress post-traumatique.

Vous sursautez au moindre bruit de pétard en croyant qu’il s’agit d’un attentat.

Vous voyez un camion et vous êtes pris d’une peur panique etc.


Les objectifs de la terreur

En clair, traumatiser permet de soumettre des individus, des groupes, des peuples.

Le plus efficace, c’est de les traumatiser durablement, sans caractère prévisible, afin que le psychisme ne puisse pas se préparer. Traumatiser sur la durée par surprise.

Le traumatisme précédent s’est un peu atténué, vous croyez revivre comme avant ?

Surgit alors un nouveau traumatisme. Et cette répétition donnera le sentiment que jamais, nulle part, avec personne, vous ne serez plus en sécurité.


C’est l’une des méthodes du harcèlement, et j’ai déjà écrit dans divers articles et libres antérieurs, cette tactique qui consiste à infliger des chocs traumatiques réitérés sur la durée.


Car il faut savoir qu’il y a un avant et un après du traumatisme. Il faut le prendre en charge le plus rapidement possible, pour éviter des séquelles graves, psychiques, et en particulier des troubles de mémoire considérables qui peuvent mener vers des Alzheimer précoces, comme cela a été étudié chez les militaires. Mais, même s’il y a prise en charge, il existe un avant et un après. Avec le traumatisme, vous vous êtes fissuré. Jamais plus vous ne verrez le monde comme avant. Cela peut être l’occasion d’une grande et belle transformation. Ou d’une souffrance jamais résolue, si la personne ne se fait pas suffisamment aider.


Le traumatisme infligé intentionnellement vise à annuler toute capacité de penser en créant des émotions dissociées, l’impuissance, la terreur, et souvent, la haine.

Ces émotions dissociées seront orientées ensuite en égrégores, c’est-à-dire qu’elles sont partagées au sein de collectifs et se diffusent. Brutes. Sans élaboration ni symbolisation.

L’éprouvé d’agonie que ressent la personne au moment du traumatisme se propage, et trouve un mécanisme simple, rapide, efficace, pour s’atténuer : l’idéologie, c’est-à-dire la création d’une pensée simpliste, partagée par le collectif, et qui propose des solutions expéditives. Entendons-nous bien : l’idéologie est délirante. C’est le produit du délire paranoïaque, pour répondre au sentiment de persécution du collectif. Or, un délire est le fruit d’une psychose, ici, la psychose paranoïaque.


Le délire est toujours la création d’une nouvelle réalité pour fuir une réalité que l’on ne parvient pas à se représenter ni à penser, qui est insupportable. Une réalité dont on a le sentiment qu’elle persécute.


L’idéologie propose un dogme, désigne un persécuteur, et impose une solution expéditive : tuer le persécuteur pour rétablir l’ordre ancien.

Je résume : la personne, prise dans des éprouvés d’agonie suite au choc traumatique, cherche une méthode rapide et simple pour contrer ces éprouvés d’agonie. Elle nourrit donc des émotions de haine et de toute puissance, pour lutter contre le sentiment d’agonie et d’impuissance. Ces émotions se partagent dans des collectifs qui vont créer des dogmes, désigner des persécuteurs et finir par élire un sauveur, qui correspondra en tout point au profil psychopathologique du paranoïaque.

Le pouvoir paranoïaque, avec ses alliés pervers, sait pertinemment bien manipuler la masse, c’est-à-dire créer des égrégores qu’il va pouvoir orienter vers son projet impérialiste et guerrier.

Il sait se proposer en sauveur : il annonce que soit on est « avec lui », soit on est « contre lui ».

« Avec lui » pour faire la guerre, « contre lui » si l’on ne veut pas faire la guerre. Une guerre qui se justifie curieusement au nom de la paix.

Ainsi va l’inversion paranoïaque, ainsi se déroule le paradoxe paranoïaque.

Après l’annonce de son programme, il persécutera tous ceux qu’il aura désignés « contre », des innocents, des pacifistes, des intellectuels, des libres penseurs. Meurtres, enfermements, asiles. Et autorisation d’une jouissance sadique pour tous ceux qui participent à cette grande messe occulte de manipulation des égrégores issus du traumatisme non soigné.

Ces égrégores, créés intentionnellement, sont toujours manipulés par les pouvoirs pervers et paranoïaques qui ne manqueraient pour rien au monde une si belle occasion de s’allier pour soumettre davantage le peuple.

Par exemple, suite à plusieurs attentats, les gens se sentent terrorisés et impuissants.

Terrorisés, ils vont supplier pour obtenir une protection.

Impuissants, ils vont nourrir un sentiment de haine et de revanche et désigner un ennemi, le juif hier, l’arabe aujourd’hui, avec des amalgames complètement sidérants pour qui pense quelques secondes.

L’idéologie a le pouvoir de sidérer en retour. C’est un délire qui impose sa réalité.

Si vous n’êtes pas d’accord, si vous la mettez en doute, si vous n’y souscrivez pas totalement, vous devenez le persécuteur. Le traître à abattre.

On reconnaît l’idéologie du délire paranoïaque à l’ordre inversé des choses, la paranoïa inversant toujours le bien et le mal, le persécuteur et le persécuté.

Au nom de la paix, il fait la guerre.

<