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Préface de J.D. Michel au livre "Le débat interdit"

Dernière mise à jour : 12 avr. 2022

Préface au livre « Le débat interdit – Langage, covid et totalitarisme » d’Ariane Bilheran et Vincent Pavan, aux éditions Trédaniel


Par Jean-Dominique MICHEL, anthropologue de la santé.


Il est des enthousiasmes qu’il importe de ne pas voiler, que ce soit par fausse pudeur ou par posture. Le livre que vous tenez entre les mains m’a procuré l’éclairement le plus magistral et le plus délectable que j’aie vécu depuis le début de la « pandémie ». À partir de mon propre domaine (qui étudie la santé dans ses différentes dimensions), j’avais d’emblée repéré, avec bien d’autres, une somme suspecte d’anomalies dans les réponses « sanitaires » à ce qui était — et aurait dû rester — une épidémie relativement banale, et somme toute peu compliquée à gérer.


Le ou la Covid s’est révélé d’une létalité relative, ne présentant un danger (sauf exception) que pour les personnes en toute fin de vie ou atteintes de comorbidités graves. On sait par ailleurs que la règle de base pour faire face à une épidémie est de laisser la société fonctionner le plus normalement possible, tout en protégeant les groupes de personnes à risque et en confiant au « premier rideau » des médecins généralistes le soin de traiter et d’accompagner les malades — fût-ce avec les moyens du bord.

Il apparut assez rapidement que les anomalies constatées ne pouvaient trouver leur seule explication dans la médiocrité ambiante. Celle-ci alterne en effet le « pas mal » et le « pas bien » avec une morne constance. Ce n’est pas son registre que de faire systématiquement faux ni de produire de monstrueux contresens. Les réponses sanitaires face au Covid ont constitué le parfait « contraire » des connaissances accumulées, ainsi que des bonnes stratégies en santé publique. Avec un autre motif stupéfiant : celui d’un simulacre collectif au sein duquel les élites (politique, médicale, scientifique, médiatique) ont continuellement rationalisé des décisions délirantes, allant jusqu’à faire croire qu’un fiasco sanitaire et sociétal constituait en réalité une réussite.

Parvenir à faire passer un fatras d’absurdités abusives et délétères pour une politique utile, nécessaire et raisonnable était en effet intriguant… Si la gravité de la corruption systémique en santé est une évidence connue de longue date (sans que l’on ait cherché à corriger cet état de fait qui s’est aggravé au cours des dernières décennies), il faut voir plus loin que ce motif pourtant aussi saillant que hideux.


Comme elle le fait régulièrement, l’industrie pharmaco-vaccinale a bel et bien œuvré au long de cette crise pour torpiller sans états d’âme les traitements précoces peu onéreux, issus du repositionnement de remèdes connus, qui étaient prometteurs ou — pire — efficaces. En isolant les malades, en les privant de soins, en laissant ceux qui étaient à risque s’aggraver jusqu’à ce qu’il soit, le cas échéant, nécessaire de les hospitaliser en catastrophe, cette politique sanitaire « contraire » a optimisé les perspectives lucratives de remèdes inefficaces — au prix de nombreuses vies. Et surtout celles d’une campagne de « vaccination » mondiale professée d’emblée comme étant la seule « planche de salut » face au « mal absolu » du « virus tueur ». Avec au passage un drôle de vaccin, radicalement différent de ceux employés jusqu’à ce jour, en réalité injection génique expérimentale à visée immunogène aux risques inévitablement inconnus.


Dans cette course au salut génique, on observa de bien troubles motifs. Comme celui d’une science non seulement achetée (comme c’est souvent le cas) mais devenue même franchement délirante puisque découplée du réel. Que l’épidémiologiste-fou, multirécidiviste dans l’erreur outrancière, le Pr Neil Ferguson soit tenu pour autorité ultime avec ses modélisations abracadabrantesques avait déjà de quoi choquer. Un peu comme si l’on confiait le pilotage de l’économie à un homme d’affaires qui aurait fait faillite sur faillite tout au long de sa vie sans jamais connaître le succès. Ou qu’on considérât comme le plus grand athlète de tous les temps un sportif n’ayant jamais rien gagné.


La comparaison peut sembler cruelle, c’est pourtant exactement ce qui s’est passé. Avec, dans le rôle de prophète de malheur, ce « titan » du ratage tenu pour oracle par les gouvernants. Il entraîna dans son sillage l’émergence d’une cohorte de suiveurs révérés eux aussi aveuglément, malgré la semblable fausseté systématique de leurs élucubrations. Ce délire au long cours n’a jamais été altéré ni ralenti par la confrontation avec la réalité. Les vaccins géniques, présentés ab initio comme « sûrs et efficaces », se sont-ils révélés progressivement inefficaces et franchement dangereux ? L’analyse des confinements confirmait-elle leur radicale inutilité, accessoirement connue depuis deux siècles ? Les recherches menées prétendument pour évaluer objectivement l’effet de remèdes prometteurs étaient-elles systématiquement conçues ou conduites de manière malhonnête ? Les pays préconisant les traitements précoces obtenaient-ils systématiquement une extinction rapide des poussées épidémiques ?

Les « études » et « données » brandies par les « conseils scientifiques » autorisés étaient-elles au mieux des malfaçons et au pire des falsifications (comme l’un des auteurs de cet ouvrage l’a démontré avec brio) ? Les arguments en faveur du « pass sanitaire » (éthiquement irrecevables) se dissolvaient-ils devant la contagiosité intacte des injectés ?

Rien de tout cela ne signifia jamais quoi que ce soit aux yeux des décideurs. Il devenait de plus en plus évident que nous étions confrontés à bien autre chose qu’une crise sanitaire, avec les apparences d’un phénomène totalitaire, c’est-à-dire envahissant et reconfigurant toutes les facettes et dimensions de nos sociétés vers une domination totale de la vie des citoyens. Accompagné d’un effondrement, observable, et généralisé, de nos principaux repères civilisationnels — qu’ils soient médicaux, scientifiques, épistémologiques, médiatiques, politiques, juridiques, éducatifs, économiques, éthiques, philosophiques ou même spirituels : « se soumettre à une injection génique expérimentale aux risques inconnus, imposée par le chantage et la contrainte et ne prévenant aucunement la contagion, est un acte d’amour »


On constata aussi une prise en otage du langage, novlanguisé avec une intensité rendant un somptueux hommage posthume à George Orwell : la science malhonnête et falsifiée devenue « vérité », le fait de priver les malades de soins défini comme une « médecine scientifique basée sur les preuves », la contestation critique et étayée des politiques insensées qualifiée de « complotisme », les meilleurs spécialistes dans leurs domaines traités de « charlatans », des inconnus n’ayant à peu près rien accompli d’intéressant et ânonnant de malveillantes inepties sur les plateaux télé transformés en « experts scientifiques ». Enfin, une injection génique expérimentale, muta, par la seule magie du langage, en « vaccin sûr et efficace » devant être imposé (par altruisme et à leurs risques et périls) aux réfractaires, forcément égoïstes et « ennemis de la démocratie ». Tout ceci dans un grand crescendo de l’agressivité sociétale suivant à pas cadencés celle impulsée martialement par des autorités de plus en plus abusives et brutales.


Ces phénomènes, l’anthropologie a appris à les penser au cours du temps. Les sociétés ont elles aussi leur inconscient et leurs propres pathologies. La violence mimétique est à la source de toute organisation sociale, alors que les déferlements totalitaires ont été récurrents au cours de l’Histoire moderne. Nous savions aussi que nous étions engagés (selon la judicieuse expression de Michel Serres) dans un « changement de monde », un de ces moments rares de l’Histoire au cours desquels l’ensemble des systèmes sociaux sont rebattus de fond en comble en l’espace de seulement quelques années. Nous connaissions aussi l’effondrement en cours (décrit par Michel Maffesoli en particulier) de la pensée moderne avec ses principes fantasmatiques de rationalité, d’utilité et d’individualité. Nous sentions que, dans le désarroi d’une époque brusquement virtualisée, hors-sol et de plus en plus déréalisée, l’abrutissement produit par l’excès des technologies du numérique et une obsession gestionnaire historiquement héritée du nazisme, engendrait de nouvelles formes d’aliénation. Albert Jacquard nous avait mis en garde au début des années 1990 : « nous sommes en train, disait-il, de créer un monde dangereux. L’emphase généralisé sur la compétition procure un avantage aux profils les plus ambitieux comme aux plus conformes. »


La crise « sanitaire » est évidemment le symptôme de la déliquescence de notre civilisation. Comme une supernova sur le point de s’effondrer sur elle-même, la modernité flamboie tous azimuts en dardant ses rayons destructeurs. Qu’une mentalité aussi marquée par le refoulement s’effondre aujourd’hui dans une débauche de pulsionnalité débridée, de cynisme ainsi que d’exhibitionnisme crapuleux de la part de nos « élites » ne devrait au fond guère nous surprendre. Le refoulé fait toujours retour avec une intensité proportionnelle à son évitement.


L’ouvrage d’Ariane Bilheran et Vincent Pavan est somptueux d’intelligence. Mettant à profit ce qui constitue à mes yeux le meilleur de leurs disciplines, la docteur en psychopathologie et le mathématicien-chercheur dénudent et dissèquent la « bête de l’événement » annoncée avec une jouissive ambiguïté par Emmanuel Macron le 14 avril 2020.


Leur travail est en quelque sorte symphonique, mobilisant les différents instruments et registres de la compréhension. Les auteurs visitent avec fulgurance et une généreuse rigueur l’idiosyncrasie de la dérive en cours et ce qu’elle dit de notre monde. Psychologie, mathématiques, épistémologie, logique, philosophie, sciences sociales, histoire, sociologie des religions, linguistique, philologie, sémantique sont mises au service de l’analyse, qui dévoile les fondements du déferlement totalitaire dans lequel nous sommes emportés et désormais forclos au sens juridique : dépouillés des droits que nous avions.

Le tout lève le voile de manière saisissante sur ce que nous avions encore imparfaitement perçu. J’ai embarqué dans ce livre comme on monte à bord d’un navire après un long chemin pour arriver au port. Un navire ouvrant sur un autre voyage, permettant de contempler le paysage depuis le grand large, dans une vision d’ensemble plus vaste. Je garde des aventures intellectuelles du jeune âge adulte (ces années de développement et de construction) le souvenir émerveillé de la confrontation à ces phares qu’ont été pour moi les livres de Gaston Bachelard, Gilbert Durand ou Michel Maffesoli. La part d’effort à fournir pour entrer et progresser dans une matière qui forcément n’est pas simple est en retour immédiatement récompensée par l’éclairement engendré.


On se sent alors, avec une évidente jubilation, devenir plus intelligent à chaque page, pendant que se déposent en nous des compréhensions qui nous façonnent et nous aident à grandir, et qui, dans cette communion avec les auteurs, nous relient à travers eux à des générations de penseurs. L’enthousiasmante aventure que j’ai vécue à la lecture de ce texte aura été de cet ordre. « Nous avons le droit d’être intelligents » a professé de manière récurrente et à voix haute un des héros de l’épopée tragique en cours. « Il est urgent et même crucial de l’être » pourrions-nous ajouter pendant que nos gouvernements nous embarquent dans une course folle vers un nouvel abîme, celui du transhumanisme, qui n’est jamais — ne soyons pas dupes — qu’un nouvel avatar du fascisme.


Seule l’intelligence, celle de la rationalité sensible (et non le faux-semblant du rationalisme morbide selon la judicieuse distinction proposée par Maffesoli), l’intelligence du vivant, l’intelligence du plus-grand-que-nous, l’intelligence de la créature que nous sommes peut nous conduire à bon port. Le transhumanisme n’est au fond rien d’autre que le rejet mortifère et délirant de notre réalité de créature. Nous sommes nés sans l’avoir choisi au sein d’une espèce et dans un univers mystérieux, que nous n’avons pas créé. Le tragique de la condition humaine, marquée par l’expérience incontournable de la souffrance et de la finitude, est le cauchemar des transhumanistes comme de tous les délirants. Alors que c’est forcément dans l’humus de notre vulnérabilité et de notre petitesse que réside notre vraie grandeur. La seule richesse qui tienne est celle de notre radicale pauvreté existentielle.

« Qu’est-ce que la vie ? C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle d’un bison en hiver. C’est la petite ombre qui court dans l’herbe et se perd au coucher du soleil. »

L’accepter, l’accueillir et même s’en réjouir, voilà la voie pour créer un monde qui, selon la parole du mystique catholique Maurice Zundel, soit enfin à la mesure de la valeur de dignité infinie déposée au cœur de chaque être humain. La « crise sanitaire » apparaît bien comme la révélation (« apocalypse ») des scories déshumanisantes de la modernité et du transhumanisme. Ainsi que le contre-exemple presque parfait de ce à quoi aspire notre dignité. Sacrée boussole qui nous est donnée en négatif, indiquant le chemin vers notre humanité et la vraie vie. Lesquelles, proposait Zundel, restent « en devant de nous ».

Jean-Dominique MICHEL, anthropologue de la santé.

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