Atelier Littérature et Totalitarisme : textes libres

Dernière mise à jour : 15 oct. 2021

Les ateliers "Littérature et Totalitarisme" sont l'occasion d'étudier des oeuvres en rapport avec le phénomène totalitaire, mais aussi de faire preuve de créativité littéraire pour ceux qui le souhaitent. Tout le monde peut devenir auteur, il n'est pas nécessaire d'avoir fait des études de littérature, ou d'avoir déjà produit un texte littéraire. Certains participent sans nécessairement créer, la liberté est laissée à chacun de faire selon sa sensibilité et son ressenti.


Pour vous inscrire aux prochains ateliers :

https://www.arianebilheran.com/service-page/atelier-littérature-totalitarisme-oct


Vous trouverez ici quelques créations des ateliers, publiées avec l'autorisation de leurs auteurs, voici la section textes libres.


Textes libres


Des hommes ordinaires


Le monde, notre petit monde quotidien et confortable, a, pour beaucoup d’entre nous, basculé dans l’irrationnel. Passé le stade de l’incrédulité et de la sidération, chacun se retrouve face à lui-même. Jusqu’où aurons-nous le courage et la force d’aller pour sauver nos valeurs ?


Une citation de Primo Levi, écrite en 1947, tourne dans ma tête : « Les monstres existent, mais ils sont trop peu nombreux pour être vraiment dangereux ; ceux qui sont plus dangereux, ce sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires prêts à croire et à obéir sans discuter. »


Nous ne pouvons plus être des « hommes ordinaires » sans perdre notre dignité. Il nous faut tenir face à l’incompréhension voire l’hostilité de notre entourage simplement parce que nous avons l’audace de demander « pourquoi ? », de mettre en doute le discours officiel, pire, de vouloir exister.


Ne pas se laisser enfermer dans la solitude, ne pas céder à l’adversité. Le monde d’avant n’en vaut pas la peine, il nous a conduit à cette désolation. Nous pouvons faire beaucoup mieux avec de la persévérance, de l’imagination et beaucoup d’amour parce que nous ne sommes pas « des hommes ordinaires ».


Marthe

 

Loin de la falaise


De temps en temps, je levais la tête et je les voyais là tous.

J’avais l’habitude de les trouver beaux, on se ressemble tous un peu. On a de nombreux traits communs, tous unis par cette couleur blanche parfois un peu salie, mais on sait faire mine de ne pas voir. On parle souvent de notre instinct grégaire, c’est vrai que l’on est facilement en groupe, cela soulage notre cerveau et facilite nos réactions quand il faut faire face à l’adversité. L’adversité, on ne sait plus trop ce que cela veut dire. En fait, ce qui compte plus, c’est l’Adversaire. Nous dans nos contrées, on n’en croisait pas trop.

C’est vrai, on avait perdu la peur du Grand Méchant Loup. Faut dire qu’il n’y en avait plus, on nous disait : « vous voyez, ils sont devenus chiens loups... plus d’ennemis, que des alliés… »

Pourtant, l’adversaire sans corps ni cœur rodait dans nos prairies et on entendait son fracas de chiffres et de nombres qui se récitait chaque jour.

Alors, de temps en temps quand on levait la tête, c’était plus comme avant. Au début, ils n’étaient pas nombreux mais, vêtus de noir, ils se remarquaient de plus en plus.

Ils disaient qu’il ne faut pas s’approcher de la falaise, que c’étaient eux, les chiens loups, qui nous y emmenaient...

Quelle idée ! Ces moutons noirs faisaient vraiment tache, et là on ne pouvait pas faire mine de ne pas voir.

Maintenant quand je lève la tête, je ne veux plus voir personne, juste je me demande : où est la route qui nous fait sortir par le haut ?

Claire

 

Le déracinement


Elle avait faim de retrouvailles. Elle avait atterri dans ses bras comme une enfant perdue retrouve sa mère au beau milieu d’une foule. Le temps lui avait paru si long mais elle savait que toutes les bonnes choses ont une fin. Voilà qu’elle était enfin arrivée à la maison, et voilà déjà qu’elle allait repartir. Arrachée telle une mauvaise herbe, on l’avait entendue crier. Ses bras et ses jambes furent empoignés par des policiers qui n’avaient qu’une phrase à la bouche : « on obéit aux ordres ». Elle aurait bien voulu leur répondre, à eux si fiers : « je ne savais pas que vous étiez des chiens » mais elle s’était tue, craignant en ricochet une réaction violente. La voilà, elle était maintenant sur le trottoir. Ils avaient reposé ses jambes au sol, et la tenaient toujours par les bras. C’est alors qu’elle essaya de résister au tsunami, en s’accrochant de toutes ses forces à un poteau de signalisation. Elle en avait été empêchée par une infirmière qui lui avait soulevé la jambe. Elle était maintenant dans le camion des pompiers et le trajet fut court. La voilà maintenant arrivée au camp anti-COVID.

Dès que le pompier du camion ouvrit la porte, elle se mit à pleurer à chaudes larmes. Elle ne voulait pas y aller. Le pompier lui répondit : « bah alors ? » et puis le cadre de santé arriva. Celui-ci commença à lire ce que le médecin avait écrit sous les dires de ses parents. Furieuse et hors d’elle-même, elle lui prit les feuilles des mains et déchira les papiers d’un geste enragé. Sans plus tarder, le cadre lui reprit les morceaux déchirés et la plaqua au sol dans le camion de pompier. Elle avait mal, elle ne pouvait plus bouger. Il lui demanda plusieurs fois : « tu vas m’obéir maintenant ? » tout en lui tordant le bras.


Sous la douleur, elle n’eut pu rétorquer qu’un « Oui », presque étouffé. Elle vit alors, sur le visage d’un des policiers qui l’avait emmenée, se dessiner un petit rictus. Elle ne savait pas pourquoi il souriait. Mais elle ne se posa bientôt plus la question. Ils l’avaient fait entrer dans le couloir du camp, et c’est là que toutes ses digues psychiques cédèrent. Elle hurla « Je veux retrouver ma grand-mère, laissez-moi sortir » pendant plusieurs minutes. Ses cris résonnèrent dans toutes les chambres et glacèrent l’atmosphère. Elle voulait seulement retrouver sa famille. Mais son père l’en avait empêchée. Il craignait une contagion, et toute l’affection qu’elle éprouvait pour lui se transforma en un brouillard épais, une tristesse abyssale. Elle était seule maintenant. Seule au beau milieu de nulle part, dans un endroit qui prétendait la soigner.


Elle se souvenait des médicaments qu’ils l’avaient forcée à ingérer, lorsqu’elle avait voulu faire éclater une vérité. Elle ne voulait pas de ça une nouvelle fois. Alors elle s’était débattue, elle se mit à parler à tous ces médecins pendant de longues minutes et cracha son haut-le-cœur. Puis finalement, elle s’endormit sur un matelas, épuisée par tant de luttes. Le lendemain, elle ne se réveilla pas. Les infirmiers qui passaient par là la trouvèrent inanimée. Il était trop tard, il n’y avait plus de pouls. Dans ses sanglots, elle s’était étouffée.


Charlotte

 

Une épaule dans la nuit


Je suis sortie de la salle de cinéma et je marche dans la rue. J’entends le bruit saccadé de mes pas qui m’entraînent et mes talons heurtent la chaussée de manière désordonnée. Ce soir, comme les autres fois, je me suis endormie sur l’épaule de l’homme qui se trouvait à ma droite. Je ne sais pas pourquoi mais, quand il y a un homme assis à mes côtés au cinéma, je ressens le besoin de m’appuyer sur lui. Je viens pourtant en avance et, dans la salle, je choisis délibérément une place à l’écart. Puis, des hommes seuls entrent quand les lumières de la salle sont éteintes et quand le film va commencer. Qu’est-ce qui les conduit jusqu’à moi ? Jamais ces hommes ne m’ont parlé et je me rends compte que je ne les ai jamais vus. Je n’en suis pas certaine, mais j’ai le sentiment qu’aucun d’eux ne m’a regardée. Dès qu’ils sont à côté de moi, je m’endors sur les épaules d’inconnus sans visage. Pourtant, aucun ne m’a réveillée. Tous acceptent, sans bouger, le poids de ma tête sur leurs épaules. Avant la fin du film, je me réveille et je sens alors ces hommes se lever et s’éloigner dans le noir. Pourquoi partent-ils à ce moment-là ?


Les premières fois, je repensais aux hommes que j’ai connus. Souvent trop pressés et trop anxieux, ils avaient besoin d’être rassurés, comme si c’était à moi de confirmer une nature dont ils semblaient douter. D’un autre côté, j’attendais peut-être d’eux qu’ils fassent preuve d’une confiance dont je ne disposais pas moi-même. Puis, à chaque main qui s’éloignait, à chaque épaule qui se retirait, le vide en moi se creusait un peu plus. La peur s’est immiscée dans chaque faille. Elle s’est infiltrée dans chaque fêlure.


Depuis peu, ce ne sont plus des hommes maladroits ou indifférents que je vois à la sortie des salles de cinéma mais des groupes d’individus bien plus sinistres. Errant en bandes, ivres d’un pouvoir sans limite qui leur a été octroyé ou qu’ils se sont accaparés par intimidation, ils ont tissé une atmosphère de menace qui a pris la ville dans ses filets. Une violence à peine contenue semble en suspension, comme un orage qui est toujours sur le point d’éclater. Je n’arrive plus à me détacher des regards ironiques qu’ils me lancent quand ils font mine de me poursuivre. Je me suis enfuie jusqu’au bord de mer mais descendre sur la plage n’a pas atténué le bruit des chaînes qu’ils manipulent à chaque fois qu’ils apostrophent quelqu’un.


Je suis seule sur cette plage, et la ville n’est plus qu’un îlot de lumière qui s’estompe dans le lointain. Il fait totalement noir, et l’air est si oppressant qu’un sentiment étrange se cristallise : je suis entrée dans ma propre nuit et la porte s’est refermée derrière moi. Je ne vois pas d’étoile pour me conduire et cette noirceur ne me laisse pas de répit. Le bruit des vagues est semblable à celui de chaînes qui ont trouvé leur proie. Tapie dans l’ombre, la mer est là, et elle m’apparaît maintenant comme la seule porte de sortie. En la laissant m’engloutir dans son ventre, au moins la peur s’arrêtera.


Les vagues sont toutes proches, juste là sur ma gauche. J’ai fait quelques pas, et je me suis arrêtée. J’ai attendu que la marée montante me rejoigne. Je n’ai pas attendu longtemps d’ailleurs. D’un seul coup, l’eau a baigné mes pieds. D’abord, c’est juste un peu de mousse, l’écume d’une vague qui s’est brisée auparavant. Et puis, brusquement, une eau froide m’a trempé les pieds jusqu’aux chevilles et j’ai senti la force de la mer qui m’attire à elle. Un petit vent s’est levé et me fait face. La marée monte vite, elle forme des ondes qui prennent peu à peu possession de moi. J’ai gardé ma veste et j’ai glissé quelques galets dans mes poches. Je ne sais pas si cela sera suffisant, mais ils joueront leur rôle. J’ai pris ma dernière respiration comme un adieu et je me laisse glisser sous la surface. Les turbulences de surface s’estompent peu à peu, et les courants profonds sont plus calmes. Puissent-ils me guider vers le repos.


Là-haut, la lumière n’est plus qu’un pâle reflet à la surface. La pression de l’eau est intense, et je vois les quelques bulles d’air qui s’échappent encore de mes poumons. Le temps a perdu son orientation, et chacune de ces bulles est un univers avec des souvenirs qui s’élèvent vers le ciel. Je revois ce chien que j’aimais tant quand, au terme de sa vie, j’avais dû le laisser partir sans douleur et avec dignité. Les lumières blafardes chez le vétérinaire dont les gestes tremblaient un peu, et la façon dont j’ai serré mon chien dans mes bras en l’embrassant au moment de la dernière piqûre. Celle qui est faite dans le cœur. Et puis, le visage de cet homme. La relation avait été quelconque et nous n’avions pas réussi à franchir ce mur qui nous séparait. Mais lui était resté après et il m’avait parlé. Il avait décrit avec passion son métier de géologue et il m’avait raconté, avec une tendresse que je n’avais pas soupçonnée en lui, l’incroyable succession des processus qui ont créé la terre. Les volcans qui nous ont donné l’écorce terrestre. Le magma intense au centre de la terre qui maintient la magie de l’enveloppe à la fois hermétique et perméable qui est notre atmosphère. J’avais alors découvert la terre comme un être dynamique et je m’étais amusée du nom qu’il lui donnait. Oui, c’est cela : Gaïa. Un joli nom de déesse.


Finalement, ce n’est pas drôle de mourir et d’aimer tant de choses. Les reflets du soleil sur les vagues, l’odeur de la terre après une pluie d’été, le goût des fruits ou l’écho d’un rire par une fenêtre ouverte. Et le regard débordant de confiance de mon chien qui abandonnait sa vie entre mes mains. Avec cette demande que je comprends enfin. Et le jeu, toujours renouvelé, de la mer qui s’appuie sur l’épaule du sable. Tant de choses à mûrir.


Soudainement, une forte sensation traverse mon corps avec mon cœur qui bat la chamade et mes poumons qui s’agitent avec frénésie pour accueillir autant d’air que possible. Je suis revenue à la surface. Je respire tellement fort que ma gorge me fait mal. Je me rends compte que j’ai enlevé ma veste et, désormais, la mer me porte comme un bouchon qui danse sur les vagues. Je flotte ainsi pendant un moment d’éternité, les bras en croix, laissant mon souffle s’harmoniser avec le scintillement des étoiles.


Je ne sais pas ce qui s’est passé mais je suis sortie de l’eau. Je frissonne et mes jambes tremblent encore un peu. Il va me falloir réapprendre à marcher, mais le sable est ferme et je m’éloigne du rivage. La lune est toujours suspendue au même endroit dans le ciel avec, peut-être, un éclat légèrement atténué. Rien ne semble avoir changé, mais les vibrations sont différentes. Là-bas, à l’est, le ciel prend une teinte nouvelle, et le soleil va bientôt se lever. Je peux presque percevoir les couches de l’atmosphère. Que m’avait dit ce géologue ? Il avait parlé de cet équilibre subtil entre le feu intérieur de la terre et son ouverture vers l’extérieur, qui lui a permis de tisser ce moi terrestre qui est l’espace où nous vivons. Qui est notre maison. Ma maison. Et tous ces mystères encore à dévoiler. Comment s’appelait cet homme ? Je regrette de ne pas avoir un nom sur lequel accrocher mes souvenirs. Le mot « Mystère » qu’il prononçait sonne maintenant comme « Miss Terre » et je m’amuse de ressentir une pointe de jalousie. Je suis en vie.


En m’approchant de la jetée, j’ai trouvé une serviette sans doute oubliée par un baigneur distrait. Je me suis enveloppée dedans en continuant à apprécier le goût du sel sur mes lèvres, ces petits tiraillements de la peau quand l’eau de mer s’assèche et mes cheveux qui me collent au front. Je regarde les grains de sable qui s’attardent sur mes pieds alors que le ressac des vagues qui se brisent sur le rivage n’est plus qu’un bruit vague qui s’endort.


La lumière est devenue plus vive et la lune s’est retirée. Ce n’est pas vrai ce que l’on dit. Le soleil n’a pas rendez-vous avec la lune, mais avec la terre. Il continue à s’élever au-dessus de l’horizon avec majesté et, à chacune de ses respirations, une caresse brève parcourt le ciel ébloui. Aucun amour ne se perd, et le miracle du quotidien a de nouveau lieu.


Les hordes brunes sont toujours là, débridées malgré leur apparence militaire, encore hostiles et menaçantes. Mais elles n’occupent plus tout l’espace. Le bruit de leurs chaînes est devenu intermittent et une musique nouvelle, par instants, s’élève. En tournant la tête, je vois d’autres personnes. Un couple est assis côte à côte et semble s’imprégner de la paix du monde. Une femme âgée est plongée dans un rituel de salutation du soleil, et je la vois pratiquer une danse très lente où les déplacements de ses bras et de ses jambes ne forment qu’un seul mouvement fluide qui se déploie comme un ruban dans la brise. Il y a quelques hommes venus promener leur chien sur la plage. Après tout, courir après un bâton est une occupation aussi essentielle que bien d’autres.


Voici venu le temps de dire merci.


Jean Pierre

 

Les Saints


Bien loin est le temps où les Saints animaient les esprits des citoyens dans la Vie ordinaire et humaine…

Pourtant, St François d’Assise vouant une attention particulière aux pauvres continue j’en suis sûre d’en inspirer certains au quotidien.

De même en est-il de Marie-Madeleine qui, outre d’être le prénom de ma défunte mère, inspire l’amour inconditionnel et la fidélité puisque jusqu’à sa mort elle accompagna Jésus-Christ.

La vie spirituelle illumine — sans doute aucun — ceux qui l’incorpore c’est dire deux choses : l’une le monde commence par ce qui entre en soi consciemment (ou inconsciemment), l’autre, les valeurs propres à chacun s’incarnent dans les actes de la Vie.

C’est ainsi, la puissance de la lumière peut apparaître chez l’être humain de qui l’on dit « lumineux ».

L’hypocrisie du monde et tout son théâtre ne le tromperont pas de ses apparences, au pire sera-t-il lynché, tels le sont ceux dont le vrai, l’authentique, incarnés transparaissent dans leur existence. Entendu que retrouver notre chemin implique nécessairement perdre ses illusions. Cependant, les voiles ne tombent pas sans doute, tourmentes chahuts intérieurs mais le feu tombera du Ciel. Comme au détour d’une prise de conscience : le Co-vide de sens est une chimère et ainsi abandonné. Quel soulagement d’une fois ce passage que l’on peut souhaiter à tout être humain. À l’instar de retourner à la maison avec cette même sensation réconfortante… celle de se réapproprier ses valeurs, son bon sens ou celui reçu de la lignée familiale… Quelque part reprendre ses esprits ou tout simplement retrouver son âme.


Juliette

 

L'enfermement


Il avait frappé fort. Pourtant, il n’avait pas l’impression d’avoir produit un gros effort comme toutes les fois où cette rage venue des profondeurs l’avait emporté. De ces crises violentes, il n’en avait jamais parlé. Il s’était même efforcé de les oublier. Mais elles étaient toujours revenues. A sa grande surprise, il n’avait ressenti aucune tension et il avait effectué son geste avec une grande fluidité. Pour goûter de nouveau à cette sensation, il frappa une seconde fois. La main tenait à peine le poignard. Elle était restée détendue au moment de l’impact quand la lame s’était enfoncée dans le corps. Comme tout est simple, se dit-il. Avant de frapper, il avait imaginé rencontrer des résistances ou faire face à un soulèvement de sa morale et il avait tendu sa volonté à l’avance comme un arc. Mais rien de tout cela ne s’était produit. Il repensa alors à ces \og maîtres \fg dont il avait cherché à comprendre l'enseignement. Il était souvent question << d'assumer une autre nature >>, << d'inspirer ou de s'inspirer >>, il ne savait plus trop, avant de construire une Cité Blanche qui devait être cette Cité Idéale qu'il rêvait d'atteindre. Ces paroles sonnaient bien quand il les écoutait mais se perdaient vite quand il était seul dans sa chambre. La Cité Blanche s'estompait alors derrière d'inquiétants nuages. Lui aussi voulait arriver à aimer, mais comment ? C'était comme nager à contre-courant, et il y avait tellement de courants qui cherchaient à l'entraîner qu'il se demandait si ce questionnement intérieur était la bonne voie. Peu à peu, un sentiment d’isolement s’était développé et sa frustration l’avait rendu de plus en plus sourd à ces mêmes paroles. Sentir un mur invisible s’élever lentement autour de lui, jour après jour, couche après couche, avait ravivé des peurs intenses dont il ne connaissait pas l’origine. Pour briser les chaînes qui lui serraient douloureusement le ventre et arriver à vivre debout, il pensa qu'il lui fallait se décider à agir. Il serait un défenseur de la Cité Idéale où la blancheur est sans tâche ! Mais pourquoi emprunter les chemins si étroits et si tortueux de cette recherche intérieure ? Il suffisait de punir les Impurs ! Les tourments intérieurs avaient commencé à ce moment là. Et la honte et la gêne qu’ils généraient n’avaient fait que renforcer le mur. Les premières fois, il tenta de se purger en frappant sur des arbres. Mais les crises revenaient. Bientôt, il lui sembla que la forêt elle-même, au début si accueillante, se moquait de lui. Les arbres devinrent cyniques et hautains. Leur stabilité, leur enracinement, leur force face au vent n’étaient plus que sarcasmes à son égard. Puis, des images de visages déformés par des rictus de colère envers lui surgissaient. Ces derniers temps, il voyait également des ombres menaçantes apparaître à ses côtés. D’où pouvaient venir ces figures hostiles ? Il n’en savait rien. Il ne les entendait pas arriver et puis, brusquement et mystérieusement, ces visages étaient là autour de lui. C’est pour cela que, depuis peu, il gardait un poignard sur lui. Cette fois, il n’avait pas hésité et il avait frappé. Il nota, comme un détail sans importance concernant un pays lointain, que son ventre ne lui faisait plus mal. Pourtant, depuis ce geste de libération, une sensation de fatigue se répandait doucement dans ses membres. Un voile blanc, qui jouait avec la brise, voletait devant ses yeux. Il avait l'impression d’être dans un autre temps et un autre espace. Il commença à entendre un langage qu’il ne pouvait exprimer avec des mots. Tout cela venait sans doute de cette cité intérieure qu’il avait enfin trouvée. Pour le vérifier, il posa les deux mains sur son ventre. Elles étaient toutes chaudes maintenant. Il les ramena et se frotta le visage car sa lassitude s'accentuait à chaque respiration. Il sentit alors le sang couler sur son visage et sur ses lèvres. Il était abasourdi et, soudain, la fatigue devint plus forte. Le voile se rapprocha de ses yeux et, pourtant, de nombreuses d’images lumineuses courraient maintenant au travers. Il n’avait plus la sensation de faire des efforts. Il posa encore une fois les mains sur son ventre et son corps se contracta dans cette position. Il ne se sentait pas malheureux. Il n’aurait plus d’autre crise.


Jean-Pierre

 

Le détachement


Elle avait déjà affronté tant d’épreuves, fait face à tant d’adversité.

De son plus lointain souvenir, elle s’était toujours sentie différente, tellement différente, en total décalage avec ce monde qu’elle avait fini par se demander si elle n’avait pas été déposée sur la mauvaise planète.

Les gens qui l’entouraient, ces hommes, ces femmes, lui semblaient étrangers à elle-même. Elle ne pouvait que constater jusqu’à en être déconcertée, qu’ils vivaient et s’adaptaient, en apparence, aisément, à ce monde constitué de codes sociaux, d’une pression normative qu’elle questionnait sans cesse et qu’elle percevait sous certains aspects complètement vides de sens...

Pour elle vivre dans la norme c’était se tordre, elle ne pouvait s’y résoudre.

Alors, elle avait fait le choix de vivre une vie héroïque jusque dans son quotidien. Les combats ne se situaient pas sur les champs de bataille définis communément mais plutôt sur le plan des idées, des valeurs, de l’identité, du droit de vivre sa singularité dans un monde où chacun personne est devenue interchangeable, n’a plus aucune valeur intrinsèque finalement.

Face à ce monde étrange, elle aimait se réfugier dans la nature, lieu propice à ses réflexions et introspections qui l’aidait beaucoup à trouver un sens à ce monde liquide, chaotique. Elle observait, contemplait et s’émerveillait devant ces si beaux spectacles offerts gracieusement par la nature comme par exemple, un envol de cygnes blancs au long cou puissant.

Toutes les formes de vie se côtoyaient dans l’harmonie et l’abondance.

Le manque est une création de l’homme.

Elle ressentait celles-ci dans ces lieux et en admirait la beauté.

Tel l’enfant qu’elle avait été, elle s’émerveillait toujours avec la même intensité ; ses yeux s’écarquillaient ; son corps frémissait ressentant à la fois une joie profonde et une connexion, un sentiment d’appartenance à quelque chose de plus grand, de puissant, de transcendant. Dans ce monde en perdition, elle avait conservé son âme d’enfant, elle le sentait en elle. Cette spontanéité qui la fait éclater de rire ou s’émerveiller encore et toujours face aux choses simples de la vie, alors que dans la norme, on se doit d’être sérieux, d’adopter une attitude distante, sans affect apparent, pour être considéré comme adulte responsable et sérieux. La vie semble dans ce monde être dans le registre de la gravité, du drame, du tragique.

Pour être crédible, il faut avoir l’air sérieux !

Cette norme, elle a toujours refusé de s’y conformer sans au moins la questionner, et encore moins de s’y conformer au risque de se tordre.

Que de souffrances, de désillusions, de sentiment d’injustice ressentis.

Car être Soi ne va pas de soi dans ce monde.

Vivre sa propre vie conformément à ses propres valeurs, ses idéaux, est déjà un acte d’héroïsme. Refuser le mensonge, l’hypocrisie, et ne pas se trahir soi-même pour être intégrée, acceptée par ce modèle sociétal quel qu’en soit le prix : tel était son choix. C’était le prix de sa liberté d’être.

Depuis ses premières heures, sa vie est un combat, une lutte, tout d’abord pour survivre puis, ensuite, pour exister, oser être soi dans l’amour et avoir enfin confiance en la vie.

Que s’est-il donc passé ?

De luttes intestines dans le clan familial, en lutte identitaire puis combats pour fuir des enfermements, des systèmes clos, des contraintes, et toutes formes de violences constituant cette forme de totalitarisme qui se déploie sous nos yeux, sur la scène nationale et mondiale.

Elle connaît. Elle a vécu dans sa chair, dans ses tripes, cette aliénation, cette négation de soi, cette réification et ce, dans tous les domaines de sa vie. On parle de relations toxiques mais il s’agit de relations macabres ou la mort est souvent la seule issue envisagée comme solution.

Alors qu’elle était rejetée, niée dans son être, isolée de tous, laissée à l’abandon comme un animal mourant, agonisant, personne n’avait pensé qu’elle survivrait et encore moins qu’elle en sortirait grandie et transformée.

Le défi était de taille, la mort était bien présente, elle rôdait autour de son corps épuisé et exsangue. Sa vitalité extrême qu’elle avait eu plaisir à ressentir, à en jouir même n’était plus qu’un lointain souvenir. Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même tel un cétacé échoué sur la plage… Elle aimait l’intensité, et la vie lui avait apporté de quoi vivre intensément, tant dans les joies que dans les peines. Elle n’avait aucun regret.

Mais là, c’était l’heure du choix décisif. Elle ne pouvait plus fuir dans une vie qui ne lui correspondait pas. Ses multiples tentatives pour s’adapter étaient infructueuses. Sa vie même était en jeu. Alors son âme lui demanda : « Que choisis-tu maintenant ? » Cette prise de position indispensable - ce questionnement déterminant pour chacun concernant l’avenir de notre civilisation, de l’humanité -, s’est imposée à elle.

À ce moment-là, pour elle, c’était l’heure de déconstruire. Elle ne pouvait plus reculer. Que choisir ? L’autodestruction par suicide qui, selon Hannah Arendt, serait l’ultime liberté face au totalitarisme Où accepter de tout perdre, un dépouillement total pour sauver son âme, et rester fidèle à ses valeurs, ses idéaux, en somme refuser de se trahir, de continuer à se mentir à soi-même ?

À l’échelle de son incarnation terrestre, d’une vie terrestre, tout perdre tant sur le plan relationnel, que social ou matériel, tout lâcher, devoir renoncer étaient insupportable, engendrait une douleur indicible voire même semblait impossible.

Elle redoutait le fracas dans les liens, bien plus que d’être dépouillée sur le plan matériel, de perdre un confort agréable, un mode de vie validé par la société.

Non. Elle avait choisi. Elle avait fait le choix depuis longtemps, de prendre le chemin de la vérité. Elle peut confirmer aujourd’hui que faire ce choix, c’est en prendre plein la figure des deux côtés. Oui, en effet : elle avait subi rejets, moqueries, violences, incompréhensions, pressions, intimidations, pour l’obliger, la contraindre à se conformer à ce que l’on exigeait pour elle. Le refusant, elle avait subi aussi des harcèlements. Elle ne pouvait adhérer à un système basé sur le mensonge, la corruption, les passe-droits, la valeur d’une vie en fonction du statut social, professionnel, financier. En se soumettant ainsi, elle aurait connu une vie socio-professionnelle très confortable. Non. Elle exécrait cette façon de vivre. Elle était prête à mourir debout s’il le fallait. Se soumettre, plier, non, jamais. Elle, pour qui toute vie doit être prise en considération de la même façon.

Quelle différence entre un animal enfermé, exploité puis abattu dans la chaîne agro-alimentaire sans aucune considération pour l’être sensible qu’il est et le chien domestiqué, choyé, par son maître si ce n’est le regard et l’intention portés sur ceux-ci ?

Pourquoi une telle différence, un tel irrespect de la vie sous toutes ces formes ?

Pourquoi, le maître, très prévenant à l’égard de son animal devient-il si indifférent au sort, aux souffrances de l’animal réduit à l’état de viande qui est dans son assiette ?

Se nourrir, oui, pourquoi pas de produits animaux, mais exploiter et maltraiter non.

Alors, elle observe et interroge ce monde, lequel à ses yeux est devenu fou et pathogène pour toute vie, un hôpital psychiatrique à ciel ouvert, où ceux qui relèvent effectivement de la psychopathologie sont aux commandes et aux postes clés des institutions de son pays, la France, mais aussi dans l’ensemble des pays à des degrés divers.

Elle sait combien s’opposer, contester, refuser d’obéir à un ordre manifestement illégal, bien que légalement possible, conduit à une mort sociale par exclusion, procès et fausses accusations montés de toutes pièces pour intimider, réduire au silence voire conduire ce témoin gênant à s’autodétruire par suicide. Dans ce cas, on invoquera des problèmes personnels, bien évidemment. Car, en plus, d’avoir été témoin, elle avait dénoncé des habitudes, et eu l’outrecuidance de faire des liens, de pointer les dysfonctionnements en conservant la naïveté que la vérité finirait par sortir et que toutes ces injustices qu’elles constataient, qu’elle subissait aussi, seraient révélées par la justice des hommes.

Elle ne pouvait penser l’impensable : que ceux qui sont chargés d’assurer la gouvernance de son pays, de garantir l’ordre et la sécurité publique, étaient infiltrés par des noyaux pervers, bras armés du paranoïaque et donc, du totalitarisme verrouillant ainsi toutes la société.

Réfléchir, comprendre, mettre du sens relève aujourd’hui de l’iter criminis, le chemin, la pensée criminelle qui n’est théoriquement pas pénalement répréhensible en France, puisqu’il n’y a aucun commencement d’exécution, pas de tentative.

Et pourtant, force est de constater qu’aujourd’hui, en France, penser, avoir son propre avis, est devenu à la fois un acte héroïque mais aussi désigné comme acte de délinquance sous couvert de sémantique, réfléchir est associé à « complotiste » puis à « extrême-droite » et enfin on devient « antisémite ». Finalement, ôter la vie d’une personne (homicide) est moins répréhensible que de ne pas adhérer à la pensée unique. Si l’auteur d’un homicide peut bénéficier de circonstances atténuantes, de personnalisation de la peine (une enfance difficile par exemple), l’auteur de « blasphème » à l’idéologie, quasi religieuse et à la pensée unique est Coupable : il doit être puni voire éliminer sans procès équitable.

La parole ne vaut rien aux yeux de ceux qui nous gouvernent. L’honneur et le courage ont déserté aussi. On ne parle plus : on communique. La communication est devenue un outil pour créer une réalité conforme à l’idéologie. Elle réécrit en permanence le narratif afin d’être conforme aux directives du « Parti ».

Déconnectée du réel, la communication s’est écartée d’une parole vraie. Plus aucun débat. Aucune contestation n’est acceptée.

De fait, la liberté d’expression n’existe plus : en public, la prudence est de mise. Sur internet, mieux vaut éviter certains mots-clés, un langage de persécution s’impose petit à petit comme dans un pays en guerre. Pour survivre dans cette folie raisonnante, on doit s’adapter et être créatif afin de contourner censure et autres mesures punitives.

Une surveillance généralisée formalisée aussi par le recrutement des personnes qui se livrent volontairement dans l’intérêt de tous à la délation.

En toute personne peut sommeiller un collabo. En avoir conscience, faire preuve de lucidité sans tomber dans la paranoïa est indispensable.

Dans ce monde où règne la confusion, où vie publique et vie privée, vie intime ne sont plus strictement délimitées - porosité des sphères liées en partie à la mise en place du travail à distance, perte du cadre, perte de repère, suppression des limites -, l’intrusion dans l’intimité de nos vies est devenue la règle pour « notre bien ».

Un flou dans la communication, des injonctions paradoxales qui conduisent à la confusion, à la désorientation, à la sidération de la pensée, voire même à un état de stress post-traumatique avec dissociation.

Elle s’en souvient : ce sentiment d’être perdue, désorientée face à des injonctions paradoxales, perdre ses capacités à réfléchir, à réagir de manière adaptée, devenir la chose, le pantin d’autrui, son instrument de jouissance, son exutoire, et se sentir impuissante, désemparée au point de vouloir rentrer à la maison, quitter ce monde devenu irrespirable.

Elle connaissait bien cet enfermement, à la fois physique par restriction de libertés les plus fondamentales et contrôles permanents. Perdre sa liberté d’aller et venir en étant séquestrée, dans son domicile. De pouvoir circuler librement, en étant immobilisée dans son véhicule, de subir un contrôle d’alcoolémie, hors de tout cadre légal.

Oui, elle avait pu constater jusqu’où la haine, la volonté de détruire l’altérité, dans un sentiment de toute-puissance cautionnée par certains agents infiltrés des institutions dites régaliennes, n’avaient aucune limite sauf celle de la conduire à s’autodétruire ou à tenter de l’éliminer physiquement comme ce fut le cas par le passé, ou psychologiquement, par un meurtre psychique.

N’est-ce pas ce qui se passe aujourd’hui ?

Enfermement psychique aussi, ne plus savoir comment réagir, comment se sauver, jusqu’à provoquer une perte de contact avec ses propres ressentis, une dissociation quasi-permanente. Perdre la connexion avec la part divine en soi. Elle constate avec effroi, tout en ressentant un mélange de profonde tristesse et colère, que sur la scène nationale mais aussi mondiale, nos vies sont aux mains de personnes qui jouent sans état d’âme, supprimant les unes après les autres les libertés publiques, libertés fondamentales inscrites dans de nombreux textes fondateurs nationaux (D.D.H.C 1789) mais aussi supranationaux (C.E.D.H).


Supprimer toutes les libertés individuelles et collectives en invoquant une volonté de prendre soin de son peuple (« c’est pour votre bien ») dans une situation prétendument pandémique, comme si cette masse informe fabriquée par le conformisme et l’endoctrinement était devenue incapable, telle une enfant, de décider par elle-même de ce qui est juste et bon pour elle.

Ces gens savent-ils au moins que toute liberté cédée, concédée sera très difficile à reconquérir ? Savent-ils quel est le prix de la liberté, la vraie liberté pas celle soumise à une contrainte ? Se souviennent-t-ils des combats et des sacrifices de résistants, qui au péril de leur vie, ont défendu celle-ci ?

Depuis les « attentats » en 2015, en France, toutes les mesures liberticides prises dans un contexte de terrorisme ont été inscrites dans le Droit Commun par la suite. Concéder un peu de liberté pour plus de sécurité c’est assurément perdre l’une et l’autre.

En somme, un chaos organisé (ordo ab chaos) qui leur permettra d’instaurer un contrôle total. Enfin, c’est ce qu’ils envisagent.

Rien ne se passe jamais comme prévu, heureusement d’ailleurs.

L’imagination et l’imprévisibilité les terrorisent car l’être humain n’est pas une machine, et son pouvoir créateur est infini. Ce monstre aux pieds d’argile est bien fragile finalement, si chacun reprend conscience de ses capacités et le contrôle de sa vie.

Elle se souvenait, face à son choix de la vérité, d’être l’héroïne de sa propre vie, de son souhait de mourir debout, en refusant toute soumission, toute compromission.

Oui, elle s’était confrontée au vide abyssal de son intériorité, à la douleur de la perte des liens qui lui étaient les plus chers, ceux qui provenaient de ses entrailles, à la mort professionnelle et sociale par ses choix, à la perte de tout : un dépouillement total, une mise à nu complète. Que faire, quand on a tout perdu ? Que reste-t-il ?

Elle a ressenti ce rejet, cette mise au ban de la société, ce mépris que subissent ceux qui semblent n’être « rien » aux yeux de ceux qui évaluent la valeur d’une personne à l’aune de ses possessions ou/et de son statut socio-professionnel : une assimilation identitaire entre l’activité professionnelle et l’être qui exerce cette activité.

Oui, elle avait tout perdu, mais dans sa tête, au tréfonds de son être, elle avait l’intime conviction qu’elle avait tout à gagner même si le chemin la conduisant vers la liberté étaient très escarpé. Car elle était enfin libre, cette liberté qui met en joie : ne plus être sous contrôle, surveillées, accusés, violentés. Elle pouvait vivre les bonheurs simples de la vie sans crainte ni peurs. Bien sûr, les premiers temps, mêlée à la joie de s’être échappée d’une prison dorée, elle ressentait la terreur d’une bête traquée.

Mais dans son monde, elle créait un cocon, un refuge de sécurité pour pouvoir se reconstruire, permettre à son corps de retrouver sa vitalité, de guérir. Elle pouvait enfin respirer. Elle ne suffoquait plus. Elle n’était plus envahie dans son espace vital.

Toutefois, la guerre lui avait été déclarée : elle avait osé désobéir à son tyran et même le quitter ce qui pour un pervers-paranoïaque est impensable. « À la vie, à la mort ». Il lui fallait la punir comme une enfant et même la détruire. Témoin gênant d’un passé qui se reproduisait avec elle.

À ce titre, la fin justifiait les moyens.

Les lois, quelles lois ? La Loi c’est lui, Grand Moralisateur écrivant ses propres règles ! Instrumentalisant de tous ceux qui pouvaient contribuer à sa déchéance, y compris celle de jeunes enfants.

Elle s’attendait à tout. Enfin, elle avait envisagé de nombreux scenarii. Mais elle ne pouvait imaginer jusqu’où ces profils sont capable d’aller. Ils n’ont aucune limite. Et utilisent les failles des institutions pour mener à bien leur chef-d’œuvre : conduire à l’autodestruction par suicide : « elle était folle, vous voyez elle s’est suicidée » et se positionner en victime éplorée...

Mais dans les faits, rien ne se passe comme prévu. Heureusement d’ailleurs. Un point essentiel est de ne jamais sous-estimer son adversaire, celui que l’on désigne comme étant son ennemi. Sous des apparences de fragilités, de vulnérabilités, bien des forces, des ressources internes insoupçonnées peuvent œuvrer et déstabiliser voire désarçonner celui ou celle qui pensait anéantir aisément sa cible par calomnie, isolement, cyber-harcèlement et autres joyeusetés. Elle-même était surprise de ses potentialités devenues capacités à agir. De ses facultés d’adaptation, de sa créativité, et de cette Foi qui l’habitait lui permettant de tenir. Elle n’attendait pas d’être reconnue victime par les juridictions, ce n’est pas leur rôle. Elle espérait simplement une décision juste.

Pour le reste, elle laissait la vie s’en charger. Lâcher prise, renoncer à se venger nécessita une prise de conscience « on ne peut ni changer ni raisonner une personne vraiment folle ». Ce processus fut long et douloureux, mais quel légèreté de s’extraire de la machine à broyer que sont les procédures judiciaires et civiles abusives, utilisées par le prédateur pour épuiser sa proie. Renoncer et tenir. C’est aussi ce qui nous est imposé, n’est-ce pas ?

Accepter ce profond dépouillement, c’est aussi accepter de se regarder en face, de se mettre à nu : un face-à-face douloureux, sans concession, exigeant, éprouvant mais aussi émouvant. Retrouver l’enfant que l’on était, ses rêves, ses désirs étouffés sous le conformisme et la pression sociale. Reprendre contact avec soi, apprivoiser, rassurer cet e