Vous avez dit complot ?


Extrait de l'article d'Ariane Bilheran paru dans la revue Inexploré n° 52


Experte dans la question du pouvoir, la psychologue et philosophe Ariane Bilheran est une spécialiste de ses dérives pathologiques : du harcèlement à la manipulation. Elle met en lumière ces mécanismes pervers à l’œuvre dans la profonde crise de civilisation que nous traversons.


Notre dossier est consacré aux croyances : comment se forgent-elles ?


Il faut d’abord définir ce qu’est une croyance : une croyance est une opinion que l’on peut se faire sur un sujet, et qui nous paraît vraie à un moment donné. La plupart du temps, elle est non vérifiable. La limite entre croyance et dogme, c’est qu’avec ce dernier, on est absolument certain que cette croyance est vraie et l’on n’accepte pas qu’elle soit remise en question ou que d’autres pensent autrement. Les croyances ne sont pas problématiques tant que l’on ne les érige pas en vérité absolue. Les limites sont là.


Par quel biais parvient-on à « implémenter » des idées, même fausses, qui à la longue peuvent devenir de vraies croyances dans l’esprit des gens?


Par le prosélytisme : le fait de chercher à convaincre et d’imposer à tout prix sa propre croyance, même non vérifiée. Pour l’ancrer, il y a deux voies : convaincre et persuader. Convaincre passe par un discours (des arguments, une logique) visant à susciter l’adhésion. Mais attention aux faux raisonnements logiques ! Persuader s’adresse à la dimension affective: à l’émotion, aux sentiments. On joue sur la corde sensible de la peur, de la culpabilisation, de l’empathie... Or, la vérité ne peut se satisfaire du seul registre émotionnel.


Quel chemin emprunte la quête de vérité ?


La recherche de la vérité doit toujours se confronter à l’expérience vécue ; c’est-à-dire notre lien au réel. Guy Debord écrivait dans son essai La Société du spectacle : « Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux. » La vérité est relative dans cette société folle qui entretient la confusion. Si l’on prend la crise sanitaire dans laquelle nous nous enlisons, le refus du débat contradictoire et l’utilisation de multiples injonctions paradoxales (par ex. : on invoque notre sens des responsabilités mais on nous infantilise ; on traite une maladie qui présente des symptômes respiratoires en nous empêchant de respirer avec le masque obligatoire, etc.) font voler en éclat tout ce qui fonde les bases de la logique. Cela revient à casser les repères des individus, qui sont d’autant plus vulnérables.


Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux.

Cette confusion est aggravée, me semble-t-il, par le matraquage incessant d’informations qui «embrument» nos pensées...


Pour implanter une croyance, on va essentiellement recourir à des méthodes sectaires. Actuellement, on voit à l’œuvre des techniques de propagande et de lavage de cerveau qui sont fondées sur la répétition. La répétition est intéressante dans le processus d’apprentissage, mais lorsqu’il s’agit de matraquer tous les jours, en boucle, les mêmes informations anxiogènes et culpabilisantes, cela finit par nous « ronger ». Surtout, cette répétition restreint l’espace de pensée. Les phénomènes totalitaires adorent ça ! Pour conditionner les gens, on va recourir aux émotions : faire peur, provoquer de la terreur, susciter de l’empathie, de la compassion... Aristote disait que les émotions de peur et la pitié doivent être purgées (catharsis). Se mettre sous le joug de cette suggestion casse notre rapport lucide au monde. C’est pour ça que le théâtre des Grecs anciens avait une fonction cathartique qui venait libérer des passions et des émotions, afin d’être moins manipulables dans le champ de la politique. Dans notre civilisation de l’immédiateté, nous n’avons plus le droit d’avoir des pensées plurielles, d’en débattre, ni même d’évoluer dans sa pensée au fil du temps. Cette rigidité est de la folie !


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