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Entretien sur l’éducation et la liberté, face aux mécanismes de manipulation

Dernière mise à jour : il y a 6 jours

Normalienne, psychologue clinicienne, docteur en psychopathologie, spécialisée dans l’étude de la manipulation, du harcèlement, de la perversion et de la paranoïa, Ariane est également écrivaine et conférencière. Elle aime écouter, entreprendre, partager et transmettre; elle a, d’ailleurs, publié une vingtaine d’ouvrages en psychologie et philosophie, pour adultes et enfants, et écrit une trentaine d’articles dont certains dans des revues reconnues.


Elle dresse un tableau glaçant des mesures totalitaires adoptées par la plupart des gouvernements dans le monde tout en précisant que «ce n’est pas la première fois que nous aurions à affronter une tyrannie pseudo-scientifique, où nous est dictée une idéologie visant à modeler nos comportements, nos pensées, nos paroles et nos actes».

Stigmatisant «les méthodes harceleuses» (du choc traumatique en passant par la confusion mentale, émotionnelle ou bien encore la culpabilité), elle nous livre ses conseils pour éviter ces écueils et reprendre notre pouvoir personnel. Si nous nous transformons nous-mêmes, nous parviendrons à une meilleure acceptation et compréhension de notre nature profonde, nous ressentirons plus de paix intérieure et nous n’aurons plus besoin de vouloir changer l’autre à tout prix dans le but de créer une vérité unique, une réalité unique.



Vous avez participé au documentaire Hold-Up, réalisé par Pierre Barnérias, qui fait, aujourd’hui, l’objet d’un lynchage médiatique. Que vous inspirent cette surréaction politique, médiatique et ce déferlement de haine face à l’expression d’une vision différente?


Comme vous le dites, c’est un lynchage médiatique de médias mainstream. Le peuple, lui, a très bien réceptionné le film, puisqu’il a été vu des millions de fois en une semaine. Donc ce lynchage se fait de manière inquisitoriale, il y a la doxa que l’on est priés d’avaler avec une fiche de lecture prémâchée, et surtout, il nous est même fortement déconseillé d’aller voir le film. Je pense que le peuple français n’est plus dupe de ce qu’on lui fait endurer, et de ce qui se profile. Ce lynchage est donc un dévoilement de méthodes calomnieuses et harceleuses.


Pour ma part, je soutiens la diversité des opinions, la nécessité du contradictoire, et la parole divergente, et je soutiens le peuple dans son désir de liberté, de vérité et de justice. Qui est habilité à nous dire ce que nous devons penser ? Chaque citoyen est capable d’avoir un jugement critique, a le droit de le faire évoluer, et nous n’avons pas à en être dépossédés par un pouvoir médiatico-politique qui devient illégitime à partir du moment où il maltraite sa population et nous ordonne ce que nous devons penser ou non. Le pouvoir médiatique (encore une fois, qui le finance ?) s’improvise aussi souvent expert au mépris des experts.



Comment sortir indemne de cette paranoïa collective qui sert un discours de la peur et se traduit par une censure terrifiante, un confinement des personnes, une destruction de l’économie, du système de santé, etc.?


Mon analyse des collectifs qui décompensent sur un mode paranoïaque dans les entreprises, au sein desquelles j’ai pu auditer durant des années, m’incite à penser que non seulement le phénomène n’est pas près de s’arrêter mais que nous ne nous en sortirons pas indemnes. La paranoïa collective suit et poursuit sa logique de destruction massive ; elle s’essouffle au bout d’un moment au regard de l’ampleur des destructions, lesquelles par ricochet entraînent une prise de conscience croissante de personnes qui ne voulaient/pouvaient ni entendre, ni voir, ni savoir.

Pourquoi une telle apathie générale et une absence d’esprit critique à l’instar des hommes du mythe de la Caverne ? Pourquoi préférer l’illusion à la vérité ?

L’apathie est liée à la sidération, au choc, et à la confusion face aux messages paradoxaux sidérant la pensée. De plus, dans une société de l’immédiat, de sollicitations instantanées et incessantes – phénomène aggravé par les réseaux sociaux -, il n’y a plus d’espace suffisant pour penser. Il est très angoissant de concevoir que les gouvernants, investis dans le psychisme avec un rôle de fonction parentale, ne nous voudraient pas nécessairement du bien.

Enfin (et ma réponse n’est pas exhaustive), je pense que le traumatisme collectif engendré par la violence politique de cette année (et des précédentes) n’est pas dépassé, et qu’il fait très peur d’admettre que le monde d’avant n’existera plus tel qu’on l’a connu. Cela implique un deuil auquel peu sont aujourd’hui disposés, ce qui se comprend.

Hannah Arendt montre que le totalitarisme naît précisément de notre peur de la liberté. Pourquoi a-t-on aussi peur de reprendre les rênes et la responsabilité de notre vie?


Être responsable, c’est être en capacité d’assumer nos erreurs, et de pouvoir les corriger. La posture infantile peut apparaître, de façon illusoire, comme rassurante et elle peut présenter les bénéfices de nous en remettre à quelqu’un d’autre à notre place. Assumer notre responsabilité, c’est aussi prendre le risque de nous tromper, et en assumer les conséquences. Cela suppose une autonomie interne, c’est-à-dire la capacité de se fixer à soi-même ses propres limites et lois internes. Or nous sommes dans un monde de la jouissance immédiate et de la consommation instantanée. Ainsi, certains préfèrent s’en remettre de façon idolâtre à des porte-paroles plutôt que d’assumer le risque de la singularité de leur propre parole car ils sont dans l’incapacité d’éprouver la frustration et la limitation que représente la responsabilité personnelle vis-à-vis de soi et d’autrui.


Pensée unique, censure et manœuvres visant à discréditer ceux qui pensent différemment… Comment rester fidèle à ses valeurs et convictions?


C’est une question d’intégrité. Il faut accepter de se poser des questions essentielles:

Jusqu’où suis-je prêt à consentir à ma perte d’intégrité?

Jusqu’où suis-je prêt à accepter de me laisser déshumaniser par peur?

Les réponses sont individuelles. À un moment, qui est également personnel à chacun, cela devient trop, et la situation engendre un sursaut de conscience chez l’être qui était resté passif auparavant.



Vous décrivez le monde actuel comme un monde « où nous sommes dépossédés de tout libre-arbitre, un monde régi par le contrôle, l’infantilisation, la peur, la culpabilité… ». Sommes-nous réellement en mesure de nous libérer de nos chaînes et de devenir libres ou bien pensez-vous que notre seule liberté réside dans le fait d’accomplir notre destin?


Le destin est fait de déterminisme et de libre-arbitre à la fois. Chacun a la possibilité de reprendre en main son destin sur la part dévolue à son libre-arbitre. Il faut reprendre à la base, aux fondements. Qu’est-ce que je souhaite pour moi-même, et le futur du monde ? Quels sont mes idéaux? A quoi je consens, ou non? Toute liberté suppose, non pas de nier ses peurs, mais de les affronter avec courage. La liberté n’est pas donnée, elle est à conquérir.


En tant que psychologue pour enfants dans votre première partie carrière, leur bien-être vous tient particulièrement à cœur. Quels effets peuvent avoir le confinement, la dissolution du lien social et les mesures prises sur le développement psychosocial de l’enfant qui se voit contraint de réprimer sa  nature profonde et sa spontanéité?


Une politique fondée sur la terreur, qu’elle soit celle du terrorisme, qu’elle soit celle d’une crise sanitaire, qu’elle soit celle du totalitarisme, est traumatique pour les enfants. Nos gouvernants sont des pompiers pyromanes qui sèment des discours de division. De plus, les procédés totalitaires visent également à fragiliser la posture parentale, à diviser et séparer l’enfant de sa famille, et à l’enserrer dans des conflits de loyauté. Ceci est très dommageable sur un psychisme en devenir.

Les enfants sont des cibles très attaquées aujourd’hui, que ce soit par la terreur, par la division, par le consumérisme, par les écrans, par la fragilisation étatique de la posture parentale, par les discours contradictoires, par l’absence d’un contexte serein de transmission élaborée du savoir, et appropriée à leurs différents âges.

Les conséquences graves sont des troubles anxieux, phobiques, des traumatismes, des dépressions, des idées suicidaires, entre autres. Des enfants dont les parents sont maltraités par l’État et/ou la crise économique et la souffrance au travail sont également très exposés.

L’enfance doit être le temps de l’innocence et de la joie ; c’est un temps fondateur pour toute la vie ultérieure d’adulte, il est impératif de protéger l’enfance des expériences hasardeuses.



Selon vous, l’école remplit-elle sa mission on ou bien doit-on envisager une autre manière d’éduquer les enfants ?


Je me suis déjà prononcée à maintes reprises sur la faillite de l’Éducation Nationale, tant sur la transmission des valeurs que sur la transmission des savoirs. C’est une entreprise qui a commencé il y a des décennies, avec Foucambert 1 et les pseudo-pédagogues. Liliane Lurçat 2, que je cite souvent, avait écrit plusieurs ouvrages éclairants à ce sujet.

L’intrusion des écrans dans l’école finira son achèvement. Les professeurs ne sont pas à blâmer car ils sont également victimes d’un système qui marche sur la tête.

Je suis de l’ancienne école, c’est-à-dire celle qui considère que l’on ne respecte pas l’enfance ni par trop d’autoritarisme, ni par trop de laxisme. L’enfant se sait en devenir, et il a besoin de cadre, de règles, mais également d’apprendre la discipline. Comme le disait Kant, sans discipline apprise, le savoir ne pourra être transmis ; enseigner la discipline, c’est enseigner des outils de maîtrise de soi, qui donneront leurs fruits plus tard. Il est indispensable d’aider l’enfant à sortir peu à peu d’une vie pulsionnelle fondée sur le principe de plaisir (« je fais ce que je veux comme je veux ») et de le soutenir au fur et à mesure de sa croissance dans les apprentissages élémentaires (lecture, écriture, mathématiques et logique). Il faut également favoriser l’accès à la responsabilité (répondre de sa parole et de ses actes) tout en lui permettant d’apprendre à faire confiance dans son instinct, en autorisant le jeu et le déploiement de l’imagination, en transmettant des savoirs qui seront autant de ressources émotionnelles pour l’adulte de demain (arts et musique notamment).

Éduquer est un art difficile d’équilibriste, qui requiert patience, régularité, discipline, juste mesure, et amour.

L’apprentissage de la séparation des générations est également fondamental pour pouvoir inscrire une transmission sur la durée. J’ai écrit un livre, Psychopathologie de l’autorité3, qui recense toute la protection et le respect dont nous devons faire preuve envers l’enfant. L’autorité (et non pas l’autoritarisme) est une protection pour l’enfant, en particulier l’autorité parentale.



Nous sommes des êtres profondément tactiles et le fait de toucher ou d’être touchés transcende le simple besoin biologique. C’est une manière de mieux comprendre nos émotions et de favoriser le développement de l’empathie notamment. Comment éviter que l’autre ne devienne un danger ou un ennemi? Comment imaginez-vous les relations de demain?


La tendresse est le liant des collectifs sains, tandis que la séduction perverse est le liant des collectifs régressés. L’autre est un miroir de moi-même, de ce à quoi j’ai consenti, de ce que j’ai laissé faire, mais également chaque être porte en lui l’humaine condition.

Je pense que l’on va vers une scission de l’humanité, entre ceux qui consentiront à vendre leur âme à une sorte de Golem moderne 4, et ceux qui n’y consentiront pas.


Pour l’instant, nous sommes dans les souffrances de l’accouchement et les destins ne sont pas encore déterminés puisqu’ils dépendent aussi de la prise de conscience des êtres et de leur position claire sur un futur transhumanisto-golémique ou un futur beaucoup plus humble retournant à sa qualité d’humain de passage sur terre, porteur de cette possibilité divine d’amour infini.



Pensez-vous que certains égrégores (énergie commune produite par un puissant courant de pensée collective) se réactivent afin de pouvoir purifier et transformer certaines croyances qui alimentent la division? Dans le cas de la France et de l’Espagne par exemple, il est difficile de ne pas faire de parallélisme entre les circonstances récentes et les événements du XXème siècle, qu’il s’agisse de la dictature de Franco ou l’épisode de la Collaboration en France pendant la Seconde Guerre Mondiale.


Chaque peuple possède son lot de traumatismes, et son lot de compromissions, qu’il faut à un moment donné apurer. Mais le peuple est aussi la sommes des individus, raison pour laquelle ce travail est d’abord à faire en soi.

Quel fut le rôle de nos ancêtres dans ces périodes que vous citez? Comment comprendre ce rôle? Pourquoi certains résistent et d’autres collaborent? Il faut aussi se pencher sur la question des mécanismes de survie en contexte totalitaire. Il est facile de juger de situations non vécues, mais je pense plus fructueux de tenter de comprendre pourquoi les êtres humains parviennent à être piégés par certaines impasses. Par exemple, il me paraît important de comprendre que le moment paranoïaque du système totalitaire entraîne une régression perverse chez certains (que l’on retrouvera en chefaillons de ce système), tout simplement parce que la perversion est un mécanisme de défense possible contre la folie. Ainsi, pour ne pas se laisser submerger par la folie ambiante, la personne bascule dans un mode pervers, sinon elle deviendrait elle-même délirante.

Expliquer ne signifie pas excuser, mais permet d’avoir une meilleure compréhension du tableau d’ensemble.


Comment l’intelligence du cœur et le pouvoir de l’amour peuvent-elles transformer cette peur irrationnelle et incontrôlable de la mort (thanatophobie) qui s’est propagée comme une traînée de poudre?



La peur ne peut pas conduire notre véhicule car elle ne nous fera dire et faire que des bêtises. Avoir peur peut être une indication intéressante d’une situation de danger, mais les décisions à prendre face à ce danger doivent être le fruit de l’intelligence (analyse rationnelle de la situation), de l’instinct et de l’amour.

Papillon (Papallona), Richard Martin

Nous devons retrouver des fondamentaux de respect du sacré de la vie, d’amour des êtres vivants, de solidarité profonde. Cette période sombre que nous traversons et qui risque de s’obscurcir davantage nous confronte à nous-mêmes, et nous oblige à nous dépouiller du superflu pour retrouver notre essence et notre conscience.Et notre essence, c’est l’amour, ce n’est pas la peur.L’on n’apprend à vraiment se connaître et à connaître l’autre que dans des situations de crise et de dévoilement.

Notes

  1. Jean Foucambert est chercheur à l’Institut national de la recherche pédagogique (INRP), animateur de l’Association française pour la lecture (AFL) et inspecteur de l’Éducation nationale. Il est connu principalement pour ses théories en matière d’apprentissage de la lecture (notamment la méthode globale), lesquelles ont connu une certaine vogue dans la France des années 1970 et 1980. (Wikipédia).

  2. Liliane Lurçat, née Liliane Kurtz, est une psychologue française, spécialiste des rapports de l’enfant avec la télévision.

  3. Livre paru en octobre 2020, 2e édition, Coll. Univers Psy, Dunod

  4. Un golem est, dans la mystique puis la mythologie juive, un être artificiel, généralement humanoïde, fait d’argile, incapable de parole et dépourvu de libre-arbitre, façonné afin d’assister ou défendre son créateur.



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