Avis de Maître X, avocate, sur "Psychopathologie du totalitarisme"
- Ariane Bilheran

- il y a 2 heures
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Avis de Maître X, avocate, sur le livre Psychopathologie du totalitarisme.
«Ce W.E., j'ai donc terminé la lecture de l'ouvrage Psychopathologie du totalitarisme, d'Ariane BILHERAN.
Publié en 2023, et postfacé par Me Virginie de Araujo-Recchia et par la journaliste Senta Depuydt, cet ouvrage constitue, comme toujours avec Ariane BILHERAN, une EXCELLENTE articulation de ses réflexions.
Rappelons que l'auteur est "multi-casquettes": normalienne, philosophe, psychologue-clinicienne, Dr en psychopathologie, et j'en passe. Parfois, aussi, experte dans le cadre de procédures judiciaires.
Son approche est donc aussi pluridisciplinaire.
Ici, elle envisage la foule, la population en général, comme elle le ferait d'un patient individuel, et examine dans quelle mesure le totalitarisme peut être considéré comme une pathologie du corps social, bien sûr menée par des dirigeants, mais qui ne peuvent réussir dans leur entreprise que si une grande partie de la population est placée dans un état qui la rend susceptible de servir de marchepied au régime qui se met en place.
Pour cela, elle rappelle bien sûr les fondamentaux, explique ce qui définit un régime totalitaire, et applique, à coups d'exemples multiples, les principes aux situations rencontrées à travers l'Histoire, récente ou moins récente.
Comme toujours, les réflexions sont abondamment sourcées, illustrées de citations d'auteurs dont l'expérience du totalitarisme est "de première main" (notamment Hannah ARENDT, SOLJENITSYNE, etc.)
Les explications sont aussi axées sur les relations inter-individus… notamment cette question lancinante que nous nous posons tous : pourquoi certains sont-ils à ce point soumis, obéissants, voire zélés, et pourquoi au contraire d'autres sont-ils capables de résister?
Il est impossible de résumer la richesse de cet ouvrage. Réellement, je vous le conseille très très vivement…
Prenez le temps de lire… de vous imprégner de l'ensemble… c'est aussi une mine d'arguments, si nécessaire.
Vraiment bravo, Ariane BILHERAN, pour ce travail.
Et bien sûr, je lirai dès que je peux son dernier ouvrage (Totalitarisme numérique), dont je viendrai sûrement aussi vous parler… mais patience, ma "pile" à lire confine à l'Himalaya, et j'essaie de varier les sujets pour aborder un maximum de champs de réflexion…
Addenda:
Pour une fois je vais vous parler un peu de moi :
Pendant que je vous écris, le conjoint de ma meilleure amie est en train de mourir d'un cancer du cerveau parti comme un feu de paille après je ne sais combien d'injections covid... il ne reste que peu de temps et même si je ne pourrai bien sûr jamais avoir de certitude, au fond de moi subsiste cette colère de n'avoir pas trouvé les mots qu'il faut pour prévenir, malgré toutes mes tentatives... le contact n'a pas été rompu, mais à la condition que je n'aborde pas ces sujets-là.
Pendant que je vous écris, ma propre mère rumine (encore, et encore) l'idée que sa fille est complotiste (ce qu'elle fait à intervalles répétés depuis 6 ans) parce que j'ai eu le malheur, en répondant à l'une de ses questions, d'évoquer aussi Fauci et de survoler à peine l'étendue des horreurs dont ce monstre est coupable depuis des décennies... cela fait rire mon père semble-t-il, et ma mère se désespère, mais refuse même de cliquer sur le lien vers quelques extraits de cette audition de Fauci... plus facile bien sûr de se plaindre auprès de ses copines sur le thème "Qu'ai-je donc fait pour mériter ça?"... Je lui ai parlé de "résistance", elle a répondu "Ah, moi je dis 'complotiste'..." et nous tournons en rond depuis 2020 comme ça...
Et moi, je vois passer tous ces extraits de l'audition de mercredi (après avoir écouté l'audition en grande partie en direct)... tous ces arguments qui passent loin au-dessus de la tête de ceux qui dorment encore profondément, et à qui on a appris qu'il est mille fois plus facile de traiter autrui de complotiste plutôt que de faire face à sa propre culpabilité ou sa propre dissonance cognitive. Et mille fois plus facile, aussi, que d'accepter de voir le réel et de désapprendre tout ce qu'on croyait savoir sur le monde qui nous entoure.
Je ne résiste pas à l'envie de vous reproduire un petit extrait du livre Psychopathologie du totalitarisme, d'Ariane BILHERAN:
"Car de fait, les résistants au phénomène totalitaire sont devenus la mauvaise conscience face aux différentes compromissions : ils sont donc à fuir et à éliminer, parce qu'ils renvoient l'autre partie de la population, celle qui a cédé à la terreur, à sa culpabilité, une culpabilité vécue comme insurmontable. /.../
À partir du moment où, par terreur de perdre leurs moyens de subsistance, certains ont plié face au joug totalitaire, ils ne peuvent plus assumer le sentiment de culpabilité que cela engendre, incarné par la "mauvaise conscience" de la figure de ceux qui n'ont pas plié. /.../ Lorsque le sentiment de culpabilité remonte à la surface du psychisme, l'idée de ne pas avoir été à la hauteur, d'avoir plié face aux injonctions totalitaires par terreur agonistique, est insupportable, et peut engendrer des passages à l'acte suicidaire. Et c'est précisément pour que ce sentiment de culpabilité ne remonte pas à la surface du psychisme qu'il faut éliminer tout ce qui serait susceptible de le faire surgir, à savoir ces figures de la mauvaise conscience qui hantent comme des fantômes /.../.
En système totalitaire, ceux qui sont désignés comme 'méchants' sont des résistants à l'asservissement, à l'aliénation, et deviennent des boucs émissaires. /.../ La terreur du choc traumatique entraîne souvent une incrédulité : c'est tellement horrible que cela n'a pas pu se produire ! /.../ Tout cela nous explique la raison pour laquelle beaucoup de personnes ne parviennent pas à voir ce qui se passe lors de la mise en place d'une dérive totalitaire, et même, s'illusionnent sur le fait que leur gouvernement, devenu leur véritable bourreau, continue de vouloir leur bien, pourvu qu'aujourd'hui il se nomme 'démocratie'.
/.../ Revenons avec précision sur le déni : il s'agit de nier, en la rejetant comme inacceptable, une représentation de la réalité extérieure, en raison de sa charge traumatique, et ce, en dépit de toutes les évidences. Ainsi, le déni permet d'éviter la charge affective qui serait présente si le sujet acceptait la représentation comme miroir de la réalité.
/.../"
Ariane BILHERAN, Psychopathologie du totalitarisme, Ed. Trédaniel, différents extraits à partir de la page 150.
Je m'aperçois que - il n'y a pas de hasard, sans doute - j'ai pris ce livre dans ma pile à lire, la semaine dernière, pour une bonne raison. Il tombait à pic à un moment où je savais que j'en aurais rapidement besoin.
Merci donc, Ariane, d'avoir écrit cela...
J'y reviendrai, encore et encore... Je vous le conseille réellement, car il est d'une richesse vraiment admirable.
Et de mon côté, j'avais l'intention de vous refaire une capsule juridique, mais pour l'instant je vais commencer par prendre un peu de repos (mes congés débutent dans quelques heures)...
Je continue bien sûr à partager ici et sur mes différents canaux .
Rassurez-vous... je plie mais je ne me casse pas, et je suis plus déterminée que jamais à continuer ce que j'ai commencé... nous touchons au but...
TENEZ BON !!!»



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