Comment la paranoïa infiltre-t-elle les religions...

Dernière mise à jour : 27 août 2021

... en vous forçant à "jeter le bébé avec l'eau du bain" ?


1er août 2016


En vous forçant à “jeter le bébé avec l’eau du bain” ? Démonstration, par l’exemple, de la contagion délirante de la paranoïa

« La religion est l’esprit conscient de son essence (…). L’esprit fini, en se déterminant comme fini, se détermine comme infini en face de l’Esprit (…). L’esprit fini fait de l’Esprit infini son objet, le sait son essence. »
Hegel, Leçons sur la philosophie de la religion

Préambule

J’ai mis du temps à rédiger cette brève ; complexe, elle m’a renvoyée à la distorsion paranoïaque du langage, subtile, sophistique, et à l’épisode biblique de « La Tour de Babel » : croyant parler une même langue, les humains ne se comprennent plus, et se divisent.

Et plus j’avance dans mes réflexions, plus je me rends compte que c’est principalement cela, le langage, que la psychose paranoïaque détruit pour dissocier les humains et les conduire à s’entretuer.

Nous vivons à l’époque de la Tour de Babel, où tout est principalement confusion.


Tour de Babel

Peu après le Déluge, alors qu’ils parlent tous la même langue, les hommes atteignent une plaine dans le pays de Shinar et s’y installent.

Là, ils entreprennent par eux-mêmes de bâtir une ville et une tour dont le sommet touche le ciel, provoquant ainsi Dieu, en se prenant pour lui.

Alors Dieu brouille leur langue afin qu’ils ne se comprennent plus, et les disperse sur toute la surface de la terre.

La construction cesse. La ville est nommée Babel, souvent assimilée à la sinistre Babylone.



Commençons, pour avoir les idées claires, par un petit rappel de définition, puisque je vais parler de l’infiltration paranoïaque des religions, et de ses conséquences, graves, pour l’humanité.


Définition de la paranoïa

La paranoïa est une psychose, fondée sur le déni de réalité, le délire interprétatif, la projection et le contrôle.

Appelée « folie raisonnante » par les psychiatres Sérieux et Capgras au début du XXe siècle, cette folie piège : elle présente l’apparence de la raison, de la logique, du discours argumenté.

Le paranoïaque organise un délire de persécution, fondé sur l’interprétation négative des signes, des gestes, de tout ce qui lui paraît étrange.

« Je suis victime d’une machination » dira le paranoïaque. Il persécutera donc ceux qu’il aura désignés comme ses propres persécuteurs, sur fond de mythomanie et de mégalomanie. Niant le passé, l’altérité, la différence sexuée, la paranoïa désigne des boucs émissaires à abattre, divise le collectif, espionne, supprime tout droit à l’intime et à la subjectivité.

La paranoïa est un système clos qui prêche paradoxalement que c’est pour le bien de l’autre, l’empêchant ainsi de se défendre et le sidérant psychiquement. Elle se nourrit de la haine et de la manipulation érotisée des institutions, et notamment, de l’institution juridique. Tout est organisé autour du complot supposé d’autrui à son encontre, alors qu’en réalité, c’est bien le paranoïaque qui crée sans arrêt de nouveaux complots dont il attribuera l’origine à d’autres, ce qui justifiera des interventions supposées de « légitimes défenses ». Ainsi, la paranoïa est bien la pathologie maîtresse du totalitarisme et du harcèlement.


D’ores et déjà, une fois n’est pas coutume, je vous livre ma conclusion, choquante, mais que je vais soutenir par une argumentation qui devrait faire réfléchir, parce que nous sommes tous bel et bien sous l’effet de ces tentatives de manipulation de masse :

Quiconque fait allégeance au délire paranoïaque dans sa contagion par le langage, est manipulé et sous l’emprise de la contagion délirante, s’il soutient l’une (ou plusieurs) des thèses suivantes :

1° Il faut supprimer les religions

2° Il faut réformer les religions

3° Il faut admettre que les religions peuvent être violentes, et qu’il existe « un Catholicisme violent », ou « un Islam violent », ou encore un « Catholicisme fondamentaliste », ou « un Islam radical »

4° Il faut « se tourner vers l’avenir » et créer un nouvel Islam qui se désencombre du passé.


Et sans doute bien d’autres thèses encore, je vous livre ici les principales, et surtout, celles que l’on peut défendre en ayant l’impression d’une bonne conscience, de soutenir une posture « bonne et belle », alors que c’est tout le contraire en réalité, et je vais m’en expliquer.

Car, pour qui a un minimum d’esprit critique et de discernement, il est aisé de reconnaître les processus de désignation d’un bouc émissaire (aujourd’hui, les musulmans, hier, les juifs, pour donner des exemples qui parlent à tous), et c’est à ce lecteur que je m’adresse, pour que nous allions ensemble vers la compréhension de processus d’aliénation plus subtils, mais néanmoins tout aussi redoutables, au délire paranoïaque.


La Croyance

L’être humain se nourrit de croyances.

Psychologiquement, il en a besoin, spirituellement, aussi.

L’athéisme est tout autant une croyance, il faut en être conscient.

Lorsque je suis née, mes parents souscrivaient au marxisme, et c’est tout autant une croyance.

Et dire « je ne crois en rien », c’est aussi croire que « rien » existe.

La croyance, en soi, n’est pas du tout un problème.

Le problème survient lorsque, en lieu et place de la croyance, surgit l’idéologie.

Et l’idéologie, sur le plan psychopathologique, est l’émanation délirante de la psychose paranoïaque.


Idéologie : définition

La paranoïa produit de l’idéologie, révèle que l’idéologie est ce liant délirant qui structure le groupe autour du dogme infaillible, celui de toutes les certitudes, en luttant ainsi contre les vécus mélancoliques.

Le psychanalyste René Kaës (2016) la définit ainsi : « Porteuse de certitudes absolues, la position idéologique radicale ne tolère aucune transformation. Elle s’affirme, contre l’incertitude et l’inconnu, comme une pensée contre le penser ou comme une « authentique inaptitude à penser », par prévalence du déni et du désaveu. Elle commande une action et elle la justifie. Elle est impérative, soupçonneuse, n’admet aucune différence, aucune altérité et prononce des interdits de pensée. Elle est sous-tendue par des angoisses d’anéantissement imminent et par des fantasmes grandioses de type paranoïaque. […] La position idéologique radicale est une organisation narcissique fondée sur un déni collectif de perception de la réalité au profit de la toute-puissance de l’Idée, de l’exaltation de l’Idéal et de la mise en place d’une Idole, ou fétiche ».

Kaës avance que l’idéologie organise des rapports de soumission à l’objet tyrannique, pour lutter contre les angoisses dépressives majeures, en l’occurrence, de type mélancolique.

Le problème du délire paranoïaque est qu’il modifie la perception et la représentation de tout.

Il tue tout et il vous force à condamner l’objet tout entier, alors que ce dont il s’agit, c’est du détournement de l’objet.

C’est pour cela que j’ai intitulé cette brève Comment la paranoïa infiltre les religions et les détruit en vous forçant à “jeter le bébé avec l’eau du bain” ?

Je garderai cette ligne de pensée : cette psychose vous contraint à “jeter le bébé”, ce qui doit être préservé, ce qui est innocent, sacré, pur, dans l’allégresse et la joie divine, avec l’eau sale du bain.


Le projet paranoïaque est de jeter le bébé. Pour cela, il infiltre la religion.

C’est délirant, mortifère, meurtrier. C’est la guerre de la psychose paranoïaque.

Donc, à chaque fois que, même en croyant soutenir une thèse inverse, vous participez à « jeter le bébé », vous faites le jeu de l’ambition paranoïaque.


Je m’explique.

Quel est le rapport, quelqu’un peut-il me le dire, entre le soufisme et le salafisme ?

Entre Sœur Emmanuelle, qui a tout lâché du monde matériel, pour se consacrer aux pauvres du Caire, et l’Inquisition, toujours plus avide de richesses ?

Entre Saint-François d’Assise, qui donne son manteau à un pauvre, et le Vatican chargé d’or ?

Le rapport, c’est qu’ils expriment deux faces d’une même médaille : la lumière, et l’ombre.

La religion en ce sens n’est qu’un miroir de toute l’humanité, dans ses deux faces.

En voulant abolir les religions, en tuant les religions, l’on fait le jeu de l’ombre, qui veut tuer la lumière.

L’heure est au discernement, et je n’en peux plus de lire tant de bêtises, même de ceux qui croient savoir en disant que les textes disent cela, disent autre chose etc.

« Et tu as lu le Coran ? Et la virgule à tel endroit ? Alors pour, ou contre l’Islam ? T’as vu, il dit ça, c’est bien la preuve que c’est une religion violente, non ? »

Ceci témoigne d’une profonde ignorance de masse.



Les textes sacrés, la religion, l’institution

Une religion, c’est quoi ?

« La religion est l’esprit qui se rapporte à lui-même, mais à son essence, à l’esprit véritable, qui est réconcilié avec lui et s’y retrouve », nous dit le grand philosophe Hegel.

La religion a pour objet Dieu. Dieu est amour.


Dieu est amour : que signifie l’amour ?

« Quand on dit : Dieu est amour, c’est une parole très grande et vraie, mais il serait absurde de penser cela aussi simplement, comme une simple détermination sans une analyse de la nature de l’amour. L’amour différencie deux êtres qui l’un pour l’autre ne se distinguent pas. Avoir conscience, avoir le sentiment de cette identité, d’être hors de moi-même et dans l’autre, voilà l’amour ; ma conscience n’est pas en moi, mais dans l’autre ; cet autre en lequel seul j’ai ma satisfaction et la paix avec moi-même – et je ne suis que si je suis en paix avec moi-même ; si je ne la possède pas, je suis la contradiction qui se divise, – cet autre, également hors de lui-même, a en moi seul sa conscience, et tous deux nous ne sommes que cette conscience de notre extériorité et de notre identité, cette intuition, ce sentiment, ce savoir de l’unité. Voilà l’amour et ce sont de vaines paroles si l’on parle de l’amour sans savoir qu’il est tout à la fois la différenciation et le dépassement de cette différence. »

Hegel, Leçons sur la philosophie de la religion.


Une religion est une croyance, qui s’érige en institution (l’Église, pour les chrétiens, par exemple, le terme signifiant « communauté, assemblée »).

L’institution édicte des règles, insère dans le règne humain, matériel, la spiritualisation des existences.

Du moins, en théorie.

Dans une institution qui fonctionne correctement, selon un rapport d’autorité, oui.

Lorsque l’institution commence à être infiltrée par le délire paranoïaque, des modes d’exécution pervers et du harcèlement, non.

Toute institution qui ne s’inscrit pas dans un rapport d’autorité, est vouée à se faire infiltrer par le délire paranoïaque et ses adjuvants pervers.

Que ce soit une famille, une entreprise, une religion, un État.


Une religion n’est pas la foi, chacun peut avoir la foi dans le divin, sans souscrire à telle ou telle religion, ce qui est d’ailleurs devenu mon cas.

Une religion est la foi instituée.

Donc, la religion qui, au sens étymologique, signifie « relier » les humains entre eux, est l’institution qui permet d’opérer cette liaison au moyen de la foi.

Dans l’institution est censé circuler l’esprit de Dieu.

L’Église est censée être une communauté instituée qui partage le même « esprit », la même vocation spirituelle.

En tant qu’institution, la religion possède une histoire, des savants, des exégètes, des herméneutes.

Il existe des textes dits sacrés, qu’il convient d’interpréter, au travers d’un savoir, de la maîtrise des langues d’origine du texte, de l’accès au symbolisme, à une sagesse.

Il existe, dans chaque institution religieuse, des interprètes de la parole de Dieu.

Des interprètes. J’insiste sur ce terme, car la langue divine des textes sacrés est une langue symbolique.

Ces interprètes sont des médiateurs entre le peuple de croyants et la parole de Dieu. Par eux se médiatisent la sagesse, la justice, l’humilité et la charité.

La religion, en tant qu’institution d’interprétation des textes, comprend des traducteurs, des exégètes (érudits et historiens des textes) et des herméneutes (interprètes).

A partir du moment où l’institution est infiltrée, seuls ceux qui sont les garants de la foi ne délirent pas.

Les autres finissent par confondre foi et délire mystique…

Les vérités sacrées, divines, de nature symbolique ne sont donc pas à la portée de celui qui ne fait pas l’effort d’accéder au symbolisme.

Tous les jours, des gens qui n’y connaissent rien, qui croient avoir compris car ils ont lu en surface, sans travailler en profondeur, s’improvisent exégètes et herméneutes des textes sacrés!


Je rappelle qu’un livre dit « Saint » a une histoire, des traductions, une langue originelle, doit être travaillé au regard d’autres livres saints etc.

A partir du moment où l’on prend une citation, extraite du livre, sans le contexte, mal traduite, et prise au sens littéral, l’on fait injure au sacré du texte, qui ne se découvre que dans le mystère, la contemplation et l’étude…


Vous vous rappelez celui qui s’improvise expert dans le système paranoïaque ?

Eh bien, aujourd’hui tout le monde s’improvise expert de la Bible, du Coran etc.

Chacun donne son opinion sur des textes sacrés qu’il ne maîtrise pas. C’est gravissime !

Et voilà « le règne de l’opinion » que dénonçait Platon et qui fait le lit totalitaire de la foule qui croit savoir mais ignore tout.

Chacun y va de sa petite projection, et de sa grande incompétence…

Et ceux qui s’auto-proclament experts sont les plus violents, bien sûr !

« Religion » signifie « relier » en latin (religare), ou “recueillir, rassembler” (relegere), la seconde étymologie serait la plus exacte.

Les religions sont faites pour rassembler les humains entre eux, et n’importe quel croyant. Les rassembler en esprit.

Leur conséquence, dès l’origine, a toujours été de libérer l’humain de l’oppression du pouvoir terrestre, et ceci fut insupportable pour ce dernier qui, non seulement persécuta les religions, mais encore, et bien pire dans ses effets, les infiltra. Que l’on pense à l’acharnement contre l’incorruptibilité de Jésus, et ce furent les mêmes en esprits qui colonisèrent en son nom quelques siècles plus tard !


S’improviser Dieu, penser, parler et agir au nom de Dieu pour en réalité véhiculer des paroles et des actes liés à la vengeance, à la violence et au meurtre est tout simplement fou et délirant. Cela relève du délire mystique.


Un contact intime et symbolique avec Dieu

La foi relève du vécu intime ; elle n’a que faire de l’institution, à moins qu’elle ne puisse trouver dans l’institution une médiation lui octroyant davantage de compréhension et de sagesse avec la parole de Dieu.

C’est cela, le rôle de l’institution religieuse qui sert le divin.

Si l’institution oppresse le croyant, lui dit comment il doit penser et vivre Dieu en lui, elle devient tout simplement “satanique”, c’est-à-dire que, là encore, le pouvoir terrestre pêche par démesure en s’improvisant pouvoir céleste, ce qu’il n’est pas.


Revenons aux textes sacrés.

Les textes sont écrits lorsque la religion s’institutionnalise.

Ensuite, ils sont réécrits, traduits, transmis.

Je suis bien placée, avec mes études de latin et de grec, pour savoir que des textes ont été trafiqués durant le Moyen Âge par exemple, au moment de l’Inquisition, pour faire dire aux textes ce que la personne, le pouvoir ou l’institution désiraient qu’il dise…

Dans chaque religion institutionnalisée, les experts des textes, les savants, les érudits, ceux qui sont dédiés à la partie dite « ésotérique », c’est-à-dire mystérieuse, cherchent à saisir et interpréter correctement la parole de Dieu, laquelle s’exprime par des voies symboliques.


Lorsque la paranoïa s’infiltre dans une religion, elle s’attaque d’abord, dans le silence, à ses experts, à ses savants, à ses érudits. Elle les persécute. Elle les fait taire. Ensuite, elle s’empare des textes. Et comme la paranoïa est un délire d’interprétation, elle va interpréter les textes à sa façon, et va, de l’interprétation, faire un dogme. Un dogme est une opinion, présentée en vérité incontestée et incontestable. L’on est loin des heures d’apprentissage et d’humilité nécessaires à devenir un exégète et un herméneute des textes sacrés ! Comme à son habitude, le délire paranoïaque réécrit des textes, crée d’autres textes et les présente comme « sacrés ». Il pervertit des traductions, fabrique des néologismes. Et après, il dira « la religion, c’est ça ». Il y insuffle dogmes, supercherie, sophistique, mensonges, persécutions, divisions, clivages, et interprétations délirantes. Il trafique les traductions, les étymologies, toujours dans le sens d’un seul projet : la conquête et la guerre, qui sont le projet paranoïaque. Il dira « tu es pour ou contre ? », et “si tu es contre, je te tue”.


Dans l’inflation délirante, le paranoïaque se prend pour Dieu et persécute tous ceux qui, anciennement, introduisaient de la sagesse, du tiers, de la modération, et de l’étude des textes. Tous ceux qui prônaient, au sein de la même religion, l’humilité face à Dieu. Il introduit sa toute puissance. Son esprit de revanche, son délire de persécution.

Son premier ennemi sera la religion qu’il prétend incarner.

Mais surtout, comme la paranoïa est incapable de symboliser quoi que ce soit, elle prend les textes, au préalable trafiqués dans le sens qui lui convient, au pied de la lettre, et y projette tout ce qui caractérise cette pathologie : la haine, la division, l’anéantissement de la femme, la dévoration de l’enfant.


L’herméneutique

Salomon/Souleymane

Je vais prendre ici un exemple bien connu, et d’abord vous rafraîchir la mémoire sur le jugement de Salomon

(extrait du Livres des Rois 3:16-28)

Un jour, deux prostituées viennent se présenter devant le roi Salomon. La première dit : « Mon roi, écoute-moi, je t’en prie. Moi et cette femme, nous habitons la même maison. J’ai eu un enfant à un moment où elle était là. Trois jours après, elle aussi a eu un enfant. Nous vivons seules dans la maison : il n’y a personne d’autre que nous deux. Cette nuit, le fils de cette femme est mort, parce qu’elle s’est couchée sur lui. Alors elle s’est levée au milieu de la nuit. Pendant que je dormais, elle a pris mon fils, qui était à côté de moi, et elle l’a couché dans son lit. Puis elle a mis son fils mort à côté de moi. Ce matin, je me suis levée pour allaiter mon enfant, et je l’ai trouvé mort. Quand il a fait jour, je l’ai bien regardé, mais ce n’était pas mon fils, celui que j’ai mis au monde. »

À ce moment-là, l’autre femme se met à crier : « Ce n’est pas vrai ! Mon fils, c’est celui qui est vivant ! Ton fils, c’est celui qui est mort ! » Mais la première femme répond : « Non ! Ton fils, c’est celui qui est mort ! Mon fils, c’est celui qui est vivant ! » C’est ainsi que les deux femmes se disputent devant le roi. Le roi Salomon dit alors : « L’une de vous affirme : “Mon fils, c’est celui qui est vivant. Ton fils, c’est celui qui est mort ! ” Et l’autre affirme : “Ton fils, c’est celui qui est mort. Mon fils, c’est celui qui est vivant ! ” » Puis le roi ajoute : « Apportez-moi une épée ! » On apporte l’épée. Le roi donne cet ordre : « Coupez l’enfant en deux et donnez-en la moitié à chaque femme. »

La mère de l’enfant vivant est bouleversée, parce qu’elle aime beaucoup son fils. Elle dit : « Mon roi, pardon ! Donne plutôt l’enfant vivant à cette femme. Ne le tue pas ! » Mais l’autre femme dit : « Oui, coupez l’enfant en deux ! Ainsi il ne sera ni à toi ni à moi ! » Alors le roi prend la parole et dit : « Donnez l’enfant à la première des deux femmes. Oui, c’est elle qui est la mère de l’enfant vivant. »

Tous les Israélites apprennent le jugement que Salomon a rendu. Ils sont remplis d’un grand respect envers le roi. En effet, ils constatent que Dieu l’a rempli de sagesse pour rendre la justice.


Le sage herméneute qu’est Salomon sait interpréter le juste à partir de l’esprit.

Un paranoïaque aurait jugé à la lettre, et non à l’esprit, et aurait effectivement coupé l’enfant en deux.

Puisque le délire paranoïaque exclut précisément le symbole et le sens de la lettre, il désubstantialise systématiquement toute religion qu’il infiltre. C’est d’ailleurs son projet mortifère : tuer l’esprit où qu’il soit, et l’esprit est très présent dans les religions.

Aucune religion ne saurait se réduire à la lettre de ses textes, car précisément Dieu, ou son idée, est Esprit.


Lorsque la paranoïa infiltre les religions, les savants et les exégètes auto-proclamés sont des imposteurs, qui entretiennent à leur encontre un culte de la personnalité, avec des éléments mégalomanes et fanatiques.

Le délire mystique fait aussi partie de la paranoïa, qui se prend pour Dieu et allègue « alors, tu es pour ou contre Dieu (moi) ? Si tu es contre, je te tue », alors que le premier commandement divin, pour chaque religion du monde, est « tu ne tueras point ». Sinon, il s’agit de sectes.

Ne confondons pas de très grandes religions, pleines de sagesse et de spiritualité, avec des sectes.

Ne leur demandons pas de s’expliquer par rapport au délire paranoïaque, lequel crée une secte, infiltre ensuite l’institution religieuse pour lui demander de s’y soumettre.

Strictement, les mêmes mécanismes ont eu lieu durant l’Inquisition. Sur le plan psychopathologique, ils sont identiques.


Amalgame

Le mot amalgame provient de l’Arabe amal al-gamāa : fusion, union charnelle.

En chimie, il désigne l’alliage liquide, pâteux ou solide formé à partir du mercure.

En alchimie, il désigne la combinaison entre le mercure et les métaux.

En imprimerie, il désigne l’impression simultanée sur une même feuille de travaux d’impression différents.

En sémantique, il s’agit d’un mélange d’idées, d’une mixture d’idées hétérogènes voire contraires, jusqu’à former une fusion d’idées abusive, telle que Juif/Sioniste, ou Musulman/Terroriste.

Par l’amalgame s’opèrent des glissements sémantiques des mots existants, jusqu’à leur faire dire le contraire de ce qu’ils désignent.

Le mot, par l’amalgame, est progressivement vidé de son sens, par des procédés sophistiques subtils, invoqués de travers, jusqu’à désigner le contraire de ce qu’il est censé désigner.

Doit-on accepter l’amalgame entre le Christianisme et l’Inquisition ?

Doit-on accepter l’amalgame entre l’Islam et ISIS (qui, d’ailleurs, est le nom d’une divinité égyptienne, connue dans le monde entier : tout ceci n’a rien à voir avec l’Islam mais avec des pratiques politiques occultes de destruction de l’humanité par la guerre, projet cher à l’expansion paranoïaque) ?


En matière de glissements de sens dans le langage, concentrons-nous ne serait-ce que sur le terme « État Islamique » : cette secte n’est pas un État, et n’a rien d’islamique ! Quelle imposture, et à partir du moment où vous consentez à nommer cette secte « État » et « islamique », vous êtes déjà entrés malgré vous, sous la contrainte, dans le délire paranoïaque qui modifie la représentation du réel, crée une néoréalité délirante par la langue. Et combien d’exactions se sont commises “en nomine patris, et filii, et Spiritus Sancti” ?

C’est parce que c’est délirant que la justice ne peut rien faire, et notre excellent juge anti-terrorisme Marc Trévidic l’a bien dit : « Une idéologie ne se combat pas par le Code Pénal ».


Rappelez-vous que le paranoïaque nourrit une passion de la justice, mais c’est la justice telle que lui la définit : il recrée une justice arbitraire, totalitaire, littérale, vouée à le servir uniquement, selon l’interprétation qu’il en fait. Non pas la justice divine, mais la justice délirante d’esprits paranoïaques qui l’imposent à tous. Dieu se charge lui-même de faire justice, il n’a pas besoin des hommes pour le représenter, cela est encore démesure que de le croire…

Mais attention, parce que la paranoïa est un système, le délire se transmet même chez ceux qui croient lutter contre les fanatiques délirants. A partir du moment où ils consentent à céder sur la langue, ils ont cédé au délire. A partir du moment où ils consentent à dire que les musulmans doivent se justifier sur cette secte, alors qu’elle n’a rien à voir avec l’Islam, à part de s’en réclamer de façon délirante, comme un fan paranoïaque se réclamerait être Johnny Hallyday ou l’amant de Mylène Farmer, ils sont rentrés malgré eux dans le délire. Et évidemment, à partir du moment où ils pensent que les musulmans ont une quelconque parenté avec cette secte d’imposteurs et de fanatiques, et que les musulmans sont les mêmes personnes que les arabes, et que les arabes sont une entité unifiée, et donc à partir du moment où ils élargissent de façon indue, par fausses généralisations, l’identité du criminel, ils ont totalement souscrit au projet paranoïaque qu’ils prétendent combattre !


Je sais, ce que je décris est complexe.

Mais cela ne mérite-t-il pas un peu d’attention, de « sueur de l’esprit », pour éviter de rentrer dans des pièges qui nous conduisent directement à davantage de guerre, voire à une troisième guerre mondiale au regard de laquelle les deux premières seront des promenades de santé ?

Seuls les paranoïaques aiment la guerre, sont fascinés par la guerre, en appellent à la guerre, d’où qu’ils viennent, et d’où qu’ils soient. Les paranoïaques, et ceux qui ont succombé au délire paranoïaque.

L’on repère notamment la paranoïa au « pour ou contre », au clivage.


De mon analyse personnelle, le clivage en France est très présent depuis l’ère Sarkozy, les mécanismes pervers et paranoïaques sont montés en flèche dans le système français. Le clivage s’illustre par l’impossibilité de discuter des sujets sur lesquels il opère, par exemple, aujourd’hui dans chaque famille, les gens se disputent sur l’Is