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Recension du livre "Totalitarisme numérique en cours de chargement" par Marguerite Rothe


L'intelligence artificielle, pour cornaquer l'humanité sans coup férir


Impressions de lecture sur le dernier livre d'Ariane Bilheran Totalitarisme numérique



«Le progrès est une vague inarrêtable. Le tout est de savoir si l’on veut être submergés par lui, à la manière d’un tsunami dévastateur, ou si l’on souhaite surfer sur la vague et prendre plaisir à se laisser porter par elle.


C’est ce qui est en train d’arriver à l’humanité, avec la très mal nommée "Intelligence artificielle"; I.A. pour les intimes. Il est nécessaire de s’arrêter sur cette appellation. D’où les inventeurs ont-ils sorti que la chose était intelligente? J’ai lu quelque part que l’intelligence était une spécificité du vivant. Un brin d’herbe, aussi petit et modeste est-il dans son élaboration, est mille fois plus intelligent qu’une machine à penser de la Silicon Valley. En vérité, pour dire et écrire cela, il faut croire en Dieu ---- croire qu’il y a quelque chose de tellement plus grand que nous, qu’on ne peut le concevoir qu’en terme de divinité. Ce en quoi les gars de la Silicon Valley ne croient pas. Ils ne croient pas en Dieu, mais en toutes sortes de diableries(1).


Les dieux, ce sont eux. Quant à l’Homme, ils veulent l’augmenter. Faire mieux que Celui qui est à l’origine de leur propre existence.


Dans une vidéo d’entretien, Ariane Bilheran explique que l’outil "I.A." n’est pas comme un marteau parce que: "le marteau n'a pas les prétentions de remplacement", mais que les concepteurs, eux, ont cette prétention. Elle a entièrement raison. Pour ma part, je persiste et signe: un outil reste un outil. Et l’outil devient mortel si main d’homme s’emploie à le faire devenir. Je suis convaincue qu’une I.A., correctement programmée, sans intention malveillante, restera/resterait, un très bon outil. Au point qu’il pourrait, comme le feu l’a fait en son temps, faire faire un bond de géant à notre humanité. Pour cela, nous n’aurions pas besoin d’être "augmentés", comme ils disent. Foutaises. Ils veulent juste nous soumettre avec ce qui ressemble à un un collier de dressage invisible autour du cou, c'est tout. C’est à cela que sert leur technologie. Pas de bienveillance, pas d’amour du prochain, juste de la haine et du mépris. Mais je m’emporte, comme d’habitude.


Quand les ploutocrates de la Silicon Valley tentent de nous faire gober qu'ils pourraient perdre le contrôle de l’I.A., je n’y crois pas une seconde. Leur narcissisme et mégalomanie sont les meilleurs remparts pour que cela n’arrive pas. D’autant que ces malades mentaux sont prodigieusement intelligents.


Venons-en au livre d’Ariane Bilheran, que j’ai lu en petite vitesse. Accessible au grand public, il faut savoir cependant qu’il demande de la concentration. Ici, on n’est pas dans le "page turner" nº1 des Ventes sur Amazon, mais dans l’étude minutieuse d’un phénomène de société comme il n’en survient qu’une fois chaque millénaire, et encore!; il est de l’ordre de l’invention de la machine à imprimer de Gutenberg(2).


Comme à son habitude, le docteur Ariane Bilheran a fait un travail de recherche remarquable, approfondi. M’est avis, à la vitesse prodigieuse où la technologie progresse, qu’elle pourra remettre son ouvrage sur le métier dans 5, 10 ans maximum. Les Musk et consorts font tout ce qu’ils peuvent pour accélérer le processus de transformation de nos sociétés, pour nous faire accéder à "l’homme nouveau" --- contre notre gré; "dans la perspective totalitaire, explique A. B., il s’agit d’un auto-engendrement d’un prototype d’homme 'rénové' depuis l’extérieur à partir d’une construction délirante." Puis: "qui arrêtera les grands acteurs de la tech, nous dit-elle plus loin, sans qu’aucun contre-pouvoir ne parvienne à réguler ces expériences d’apprentis sorciers et cette course interminable au profit?" Eh bien, pour ma part, déjà, je ne vois pas en ces monstres des apprentis, mais d’authentiques sorciers. Et, selon mon point de vue, hormis une intervention divine de choc, rien ne les arrêtera.


Dans un autre segment du livre, A. B. nous explique, selon sa vision clinique de la question, qu’elle voit que "le fantasme totalitaire en est à sa pleine concrétisation", et nous propose, pour exemple, le roman de Dos Santos La femme au dragon rouge. Un roman où il est question d’un totalitarisme dernier cri, "High-Tech", pourrait-on dire. Plus loin, A.B. ajoute: "En somme, gouvernement américain et gouvernement chinois travaillent, à l’aide de cette entreprise Oracle(3), à faire advenir massivement le même totalitarisme, vers un avenir 'post-humain'". Pas d’étonnement de ma part. Bien sûr qu’ils sont tous dans la même combine. C’est pourquoi, quand je lis sur les R.S. les commentaires d’Internautes qui s’extasient, voire qui supplient, pour être "secourus" par ces pays, j’enrage. Bordel, personne ne viendra sauver leurs fesses! Chaque individu, avec sa foi en bandoulière, aura prochainement la mission de se remuer le popotin pour ne pas perdre sa liberté; celle que quiconque ne peut lui enlever, parce qu’elle est de droit divin. C’était la minute "vénère".


Ce ne sont là que quelques points que j’ai relevés dans la lecture du Totalitarisme numérique, en cour de chargement. Mais Ariane Bilheran a fait un travail d’enquête très fouillé, et les pistes de réflexion déployées dans son livre sont très nombreuses. En dernier ressort, elle insiste fortement sur le fait qu’il faut faire extrêmement attention avec les I.A., car: "il est très difficile de se prémunir psychiquement des effets du transfert, de l’attachement affectif et de l’illusion perceptive. Il n’existe en effet pas de garde-fous." Je suis entièrement d’accord avec elle. En ce qui me concerne, vis-à-vis de l’I.A., je suis comme le jeune enfant qui apprend à se servir correctement des allumettes, sous le regard bienveillant d’un parent. Apprendre à tenir la boîte, puis coordonner le mouvement pour enflammer le petit bâton soufré. Ce que je veux dire par là, c’est que tout outil requiert un apprentissage. Et que, lorsqu’on est un adulte responsable, on ne le met pas entre n’importe quelles mains.


La dernière réflexion qui m’est venue, vers la fin du livre: Quelle est la durée de vie d’une I.A.? Car, si j’ai bien suivi, l’I.A. se nourrit de données humaines. Mais, si cette société humaine devient de plus en plus sotte (experts et élites compris --- mais pas celles qui sont aux commandes, et qui sont de super psychopathes monstrueusement intelligentes!), comment pourrait-elle évoluer? Mieux: se perpétuer? Lisant la phrase suivante, certains vont se tordre sur leur chaise et grimacer: comment une machine, aussi perfectionnée soit-elle, pourrait-elle surpasser une création divine?


1 Sauf que leurs démons n’existent pas Dieu. D’ailleurs, Il est le Grand Patron et Il les a éjectés du paradis pour cause d’inconduite.

2 Gutenberg n’est pas l’inventeur à proprement parler, car il existait déjà un procédé appelé «xylographie», dont on retrouve la trace en Asie vers la fin du VIIe siècle.

3 Oracle, Palantir, OpenAi, etc. J’en parle ici.»

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